Rencotre avec Marc, un judoka

Publié le par Aël

Rencotre avec Marc, un judoka

Juin 1988, l’année scolaire se terminait. Le conseil de classe décida finalement mon passage en classe de première.

À l’occasion de la fête du judo au club d’un de mes oncles , j’ai rencontré Marc. Il était judoka et habitait en région parisienne. Il était venu avec mon oncle Patrice pour le week-end. Tous les ans, à la fin de l’année scolaire, le club de judo organisait une fête pour clôturer la saison. Mon oncle y invitait ses adhérents ainsi que ses amis et les membres de sa famille. Un repas et une soirée dansante avaient lieu dans une salle des fêtes.

 

Marc faisait partie du même club que Patrice à Paris. Dès le début de la soirée, il s’était intéressé à moi. Il venait près de moi pour discuter ou pour m’inviter à danser. Lorsque j’allais rejoindre d’autres invités, je sentais son regard qui ne me quittait pas. Il était intrigant comme garçon. Il devait avoir mon âge à peu près, peut-être était-il un peu plus âgé.

Au cours de la soirée, ma mère se sentait fatiguée, elle avait décidé de rentrer se coucher. Elle m’a laissé poursuivre la soirée avec Patrice et Marc. Du coup, je suis restée avec eux jusqu’à cinq heures du matin. Patrice m’a déposée chez moi au petit matin, il faisait déjà jour.

Patrice avait dû remarquer que j’avais passé beaucoup de temps avec Marc durant la soirée, il m’a demandé si j’étais libre le lendemain midi pour venir déjeuner avec eux. J’ai accepté sa proposition sans trop savoir si c’était un plan monté avec Marc.

 

J’ai dormi quelques heures et Patrice est arrivé en avance par rapport à l’heure qu’il avait prévu de revenir me chercher. J’avais beaucoup du mal à me réveiller. Nous avons bu un café pendant qu’il discutait avec ma mère puis nous sommes partis.

Mon oncle Jean-Paul avait préparé un barbecue. Ils démarraient déjà avec l’apéritif au réveil ! J’ai remarqué que Marc ne buvait pas d’alcool.

Après le repas, Marc me proposa une petite ballade dans la campagne. Il faisait un temps magnifique, nous devions en profiter. Nous avons commencé à marcher tous les deux.

Je me posais beaucoup de questions tout en marchant. Je sentais que Marc se rapprochait de moi et je ne savais pas comment je devais réagir. Allais-je tenter une fois encore une relation amoureuse avec un homme ? Cela me semblait tellement utopique. Je commençais à stresser à l’idée qu’il puisse avoir envie d’une aventure entre nous. Je ne voulais pas le faire souffrir, je ne pouvais pas lui cacher la vérité. Je l’appréciais beaucoup, mais je savais au fond de moi que je serais incapable de vivre autre chose qu’une relation amicale. Je n’avais aucun désir, je ressentais plutôt de la répulsion dès que les hommes essayaient de me toucher. Tout en appréciant bien Marc, je ne supportais pas qu’il s’approche trop de moi, qu’il me frôle, qu’il me touche. Le contact physique m’était insupportable.

— Tu as l’air partie très loin dans tes pensées, me dit-il en passant son bras autour de ma taille.

— Oui... répondis-je en sentant mon corps se contracter.

— Et je peux savoir ce qui te traverse l’esprit ?

— C’est compliqué ce qui se passe dans ma tête en ce moment… répondis-je en retirant doucement son bras.

— Et ça te gêne que je te prenne par la taille ?

— Oui, tu sais, il est tard, tu ne vas pas tarder à repartir à Paris et …

— Alors tant pis ! coupa-t-il d’un air déçu.

Il n’était pas comme les autres. Fabrice aurait lourdement insisté à sa place. Il avait l’air triste, mais il ne persista pas.

— On rentre et on se fait une partie de ping-pong ? proposa-t-il.

— D’accord ! Mais, je ne sais pas jouer…

— Ce n’est pas grave, je vais t’apprendre, ce n’est pas compliqué.

 

Nous avions pris le chemin du retour en discutant de judo. Marc me confia qu’il était asthmatique et que le sport l’avait aidé à améliorer sa santé.

Arrivés chez Jean-Paul, mon oncle nous installa la table de ping-pong et ma tante nous laissa les consignes pour garder la maison, car ils partaient tous en balade. Décidément, il était convenu que je resterais seule avec Marc toute la journée pensai-je.

Après quelques échanges de balles, plus ou moins catastrophiques, nous nous sommes installés dans le jardin, sur la pelouse, pour boire un verre. Au bout du jardin passait une rivière, la situation était très romantique. Nos regards tournés vers l’horizon, perdus dans les champs, nous étions silencieux. J’admirais les champs qui s’étendaient au pied des collines. Le silence me pesait :

— Marc ?

— Hum ?

— Tu sais pour tout à l’heure, il ne faut pas m’en vouloir, je ne me sens pas à l’aise avec les hommes.

— Je l’avais bien senti, mais cela me paraît normal quand on démarre une relation, moi non plus, je ne suis pas trop à l’aise, je manque de confiance en moi.

— Oui, mais ce n’est pas vraiment ce que je voulais dire… ce n’est pas le début de la relation qui me gêne, ce sont les hommes tout court.

— Comment ça ? Explique-moi.

— Depuis quelques années, je ne sais pas trop où j’en suis. Quand je suis seule avec un homme, j’ai des angoisses que je ne peux pas contrôler. Je ne peux pas avoir de relation intime avec eux.

— Tu es trop anxieuse, fais confiance à ton partenaire, laisse-toi aller sans te poser trop de questions.

— Non, ce n’est pas si simple que ça. Il y a cinq ans, j’ai rencontré une fille qui est devenue ma meilleure amie. Nous sommes devenues très proches l’une de l’autre. Cette fille, je l’aimais beaucoup, peut-être même trop. Puis, je me suis aperçue que je préférai sa présence à celle des copains. Je me sentais bien avec elle , je me sentais moi-même. Et un jour, nous avons dépassé les limites de l’amitié, car c’était de l’amour entre nous, pas de l’amitié. Depuis cette rencontre, je sais que je préfère les femmes aux hommes.

— D’accord, je te comprends, mais quand tu as l’occasion qu’un homme s’intéresse à toi, il faut essayer de persister, peut-être que tu n’as pas rencontré celui qui te convenait.

— Justement, j’ai déjà trop insisté, je crois, je me sens trop mal.

— Tu sais, hier soir, Patrice m’a demandé si nous étions sortis ensemble.

— Et qu’est-ce que tu lui as dit ?

— Je lui ai répondu non.

— C’est vrai qu’il nous connaît bien tous les deux et il devait s’attendre à se qu’on se rapproche.

— Oui, nous avons pas mal de points en commun malgré tout. Tout comme toi, je ne suis pas très à l’aise avec les femmes, car je manque de confiance en moi. J’ai été élevé par mes grands-parents aussi. Lorsque j’étais enfant, je ne me développais pas normalement, à cause de mon asthme. Le judo m’a aidé à me développer, mais maintenant, c’est psychologiquement que ça ne va pas trop, et là , le judo ne m’est d’aucun secours. Je ne suis pas bien dans ma peau en fin de compte, et cela me fait plaisir de pouvoir discuter avec toi. J’ai passé un très bon week-end, je ne regrette pas d’avoir fait ta connaissance.

— Moi aussi je suis heureuse qu’on puisse discuter ouvertement. Le temps passe trop vite.

Je détache enfin mes yeux de la rivière et me tourne vers Marc. Il me sourit :

— Tu vois, continua-t-il, on se comprend en fait, je crois qu’à quelque chose près, nous avons le même problème tous les deux.

— Oui, peut-être… Je ne sais pas...Tu me donneras ton adresse, j’aimerais pouvoir t’écrire ?

— Bien sûr, avec plaisir, je te la donne tout de suite et tu me donneras la tienne, je te répondrais.

 

Nous avons joué de nouveau au ping-pong jusqu’à ce que le restant de la famille rentre de sa ballade. Ils ont pensé que nous n’avions pas arrêté de nous amuser depuis leur départ.

Ma tante a préparé le repas. Marc et Patrice désiraient reprendre la route assez tôt. Nous avons dîné puis ils sont partis.

 

Quelques jours plus tard, j’ai envoyé une lettre à Marc pour lui expliquer que je l’avais vraiment beaucoup apprécié même si je ne pouvais envisager qu’une relation amicale avec lui. Il m’a répondu aussitôt, disant qu’il était heureux de m’avoir rencontrée, quoiqu’il arrive.

Patrice est venu aux renseignements en me téléphonant quelque temps après notre week-end. Il tenait à savoir ce que je pensais de Marc. J’imaginais bien qu’ils avaient dû discuter tous les deux sur le chemin du retour… Il m’invitait chez lui, à Paris, quand je le souhaitais.

AËL

 

Publié dans Coming Out

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