L'invitation de Coralie

Publié le par Aël

L'invitation de Coralie

À l’occasion de l’anniversaire de Coralie, je lui ai envoyé une carte et elle me téléphona aussitôt pour me remercier :

— Je te remercie Mary pour ta carte, elle m’a fait très plaisir.

— Il n’y a pas de quoi, c’est normal.

— Que fais-tu demain ? me demanda-t-elle.

— Rien de particulier, pourquoi ?

— Tu viens me voir à Paris ?

— Tu es folle ?!

— Non, j’ai terriblement envie de te voir… j’en ai marre, il faut qu’on se voie, me dit-elle d’une voix tremblante.

— Qu’est-ce qui se passe ? demandai-je, inquiète par le ton de sa voix.

— Rien… Mais, tu me manques tellement Mary…

— Toi aussi tu me manques… mais…

— Alors, viens demain !

— Ce n’est pas possible Coralie, je n’ai pas l’argent pour prendre un billet de train pour une journée.

— Alors on fait la moitié du trajet chacune !

— Et on se rejoint où ?

— Je ne sais pas, n’importe où… je veux te voir.

— Tu n’es pas sérieuse, on ne peut pas se voir et tu le sais très bien.

— J’ai rêvé que je venais habiter à Rouen, qu’on était dans le même lycée et dans la même classe en plus…

— Tu vas finir par me donner le cafard...

— Moi je l’ai déjà figure-toi…

— Arrête de penser à des trucs comme ça, écris-moi, ça te passera le temps.

— C’est déjà fait ! Je promène ma lettre dans mon cahier depuis trois jours.

— Et qu’est-ce que tu attends pour me l’envoyer ?

— Je le ferai lundi et je te donnerai une photo avec !

— Génial !

 

Nous étions restées une bonne demie-heure au téléphone, elle m’appelait une fois par semaine et plus nous nous parlions, plus nous avions envie de nous voir. La distance était de plus en plus difficile à supporter.

De son côté, Marc n’avait pas le moral non plus et désirait me voir, lui aussi. J’ai pu trouver une date au moment de l’anniversaire de mon frère Matéo, le 16 octobre, pour faire venir Marc un week-end chez mes parents. Mon oncle Patrice étant invité, il pouvait emmener Marc avec lui.

 

Entre temps, Coralie me rappela :

— Que fais-tu le 29 octobre ? me demanda-t-elle.

— Ce sera les vacances scolaires, peut-être que je serai chez Marc, pourquoi ?

— C’est parfait ! Mon frère vous invite pour ses 20 ans.

— Je vais en parler à Marc et je te tiens au courant.

— Il a intérêt à vouloir venir sinon je vais te chercher chez lui !

— Bah voyons ! Ta sœur sait que tu m’invites ?

— Oui, je le lui ai dit.

— Et sa réaction ?

— Ça ne la gêne pas.

— Quand tu vois l’ambiance qu’il y a entre nous à Deauville, je ne m’imagine pas trop chez toi… Je ne voudrai pas gâcher la soirée de ton frère à cause d’elle.

— Laisse-la, elle restera dans son coin si elle n’est pas contente, pour l’instant, elle est d’accord pour que vous veniez.

— Je vais y réfléchir... dis-je perplexe.

— Non Mary ! Tu n’as rien à réfléchir, tu viens et c’est tout ! J’y tiens et mon frère aussi ! C’est une occasion de se voir ... Mary…s’il te plaît… tu ne peux pas ne pas venir, insista-t-elle.

— D’accord, j’en parlerai à Marc.

 

Le week-end du 15 octobre, Marc est venu chez mes parents. Malheureusement, pendant que j’étais en cours le samedi matin, l’auto-école a téléphoné à ma mère pour que je prenne une leçon de conduite supplémentaire le samedi après-midi. Marc se retrouvait donc seul pendant plus de deux heures. Il avait remarqué ma bibliothèque et comptait passer deux heures à lire en m’attendant. De retour de ma leçon de conduite, il se renseigna sur mes goûts en lecture.

— Tu aimes beaucoup lire ? me demanda-t-il.

— Oui, je lis beaucoup.

— Quels sont les genres de livres que tu préfères ?

— En ce moment, je suis assez attirée par tout ce qui touche à la psychologie, c’est un peu normal quand on se cherche...

— Et le livre qui est là-haut, il fait partie de ceux que tu as aimés ?

— Lequel ? Celui-ci ? Oui, je me suis particulièrement retrouvée dans celui-là : « Les femmes préfèrent les femmes » d’Elula Perrin.

— Le titre évoque bien le sujet ?

— Oui, tout à fait ! Elle parle d’amour entre femmes et elle en parle bien…

— Et en ce moment, c’est toujours le genre de sujet qui t’attire ?

Je ne savais pas quoi lui répondre. Il s’approcha de moi, me prit la main, passa son doigt sous mon menton pour m’obliger à le regarder dans les yeux :

— Excuse-moi Mary, je ne voulais pas t’embarrasser.

— Ce n’est pas grave, je comprends que tu te poses des questions.

 

Nous sommes allés faire un petit tour dans la campagne aux alentours avant le dîner puis ma mère nous a emmenés au cinéma après le repas. À notre retour, il était plus de minuit et je ne tenais plus debout. Je dormais dans la salle à manger, j’avais laissé mon lit à Marc. J’étais d’ailleurs assez heureuse de n’avoir qu’un lit à une place ! Marc tarda à aller se coucher malgré ma fatigue. Je fus soulagée de me retrouver seule lorsqu’il décida enfin d’aller dormir.

 

Le dimanche midi, ma mère avait invité Patrice ainsi que mes grands-parents. Nous fêtions l’anniversaire de mon frère.

Nous avons passé la matinée tous les deux enfermés dans ma chambre, Marc avait fermé la porte de ma chambre à clef pour en interdire l’accès à mes frères qui ne nous quittaient plus. Je n’aimais pas trop cette situation. Il commença à m’embrasser tendrement, puis à me caresser sous mon tee-shirt, à hauteur de ma ceinture de pantalon. J’ai senti tous mes muscles se contracter involontairement. Mon cœur s’affolait, mes mains tremblaient, la panique m’envahissait à nouveau. J’étais comme paralysée, je ne pouvais rien y faire. Ma gorge se resserrait, j’avais envie de lui retirer les mains, mais je n’osais pas de peur de le vexer. Il a dû sentir mon malaise, car il les a retirées de lui-même, il m’a regardée d’un air désolé puis il a laissé sa tête reposer sur mon épaule sans dire un mot. Il n’était pas nécessaire de parler, nous nous comprenions.

 

Mes grands-parents n’ont pas pu s’empêcher de se renseigner sur les relations que j’avais avec Marc. Ils ne le connaissaient pas et il était invité en famille, cela ne se faisait pas ! Ma grand-mère me lançait des regards noirs, heureusement que je ne leur présentais pas une femme ! Ma mère leur avait expliqué que c’était un de mes amis et amis de Patrice également. Ils n’ont pas adressé la parole à Marc durant tout le repas ! Ma mère comblait le vide en ne discutant qu’avec lui. C’était assez pathétique ! La situation n’aurait pas été pire si j’avais invité une femme. Mes grands-parents prônaient pour les liens du mariage. On ne rentrait pas dans une famille sans être marié. Nous n’aurions jamais été d’accord, car même si j’avais été hétéro, je ne me serais pas mariée.

J’observais la situation de l’extérieur et elle prêtait vraiment à rire. J’aimais beaucoup observer les gens et leur façon de réagir face aux événements. Chacun réagit différemment pour un même problème.

 

En fin d’après-midi Marc commençait à avoir le blues de rentrée sur Paris le soir. Nous nous étions mis d’accord pour que j’aille chez lui pendant le week-end de la Toussaint. Il voulait m’inviter pour quatre jours. Cela me semblait un peu long, mais je ne lui ai pas dit. Avec ma mère, nous l’avons raccompagné à la gare vers vingt heures. Sur la route du retour à la maison, je réfléchissais à notre relation et je n’en voyais vraiment pas le but. J’étais attristée par ce que je ressentais dès qu’il se rapprochait de moi, mon corps refusait tout contact et j’étais impuissante malgré tout le respect et la patience qu’il avait pour moi. Marc était de plus en plus amoureux, je ressentais sa frustration quand je me renfermais dans cette prison corporelle. J’avais la sensation que je n’étais pas maître de moi-même, que mon corps ne m’appartenait pas, car je n’avais aucun pouvoir sur lui, je ne pouvais pas agir comme je l’aurais souhaité.

AËL

Publié dans Coming Out

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