Escapade dans les Pyrénées et week-end à Paris !

Publié le par Aël

Escapade dans les Pyrénées et week-end à Paris !

Je suis partie dans les Pyrénées pendant deux semaines avec mon oncle Jean-Paul et ma tante. Nous sommes restés en contact avec la nature quasiment 24 h/24, car nous étions en camping et pendant la journée nous partions en randonnée. J’ai découvert le plaisir de la marche et la sensation de liberté en montagne, j’étais heureuse !

 

À mon retour des Pyrénées, j’ai retrouvé mon ami Alex qui me proposa de passer le week-end avec lui et sa mère, à Deauville. Je me faisais une joie à l’idée de revoir Coralie, elle me manquait tellement. Cette fois-ci, sa sœur semblait plus accueillante, car elle est venue me dire bonjour dès notre arrivée au camping. Elle décida de faire un barbecue le soir même et nous invita tous les deux . Je fus agréablement surprise par son comportement envers moi. Pour une fois, elle était aimable ! Par contre, elle se disputa violemment avec son frère, ce qui lui coûta une gifle magistrale. Elle ne pouvait être agréable avec tout le monde, c’était plus fort qu’elle, elle vivait sans arrêt dans les conflits, c’était peut-être sa seule façon d’exister aux yeux des autres. Son frère a eu moins de patience que d’habitude ce soir-là. Elle avait bien cherché la provocation, il faut le reconnaître.

 

Le dimanche après-midi, le temps était superbe, je suis allée sur la plage avec Coralie. Elle avait entrepris de se faire bronzer. Nous étions allongées côte à côte, sur la plage.

— Tu veux bien me mettre de la crème dans le dos ? me demanda-t-elle

— Oui, si tu veux.

— Tu m’en mettras sur les jambes aussi ?

— Tu exagères, tu pourrais le faire toute seule !

— Non, pendant que tu y es, tu peux me le faire...

J’étalais la crème dans le dos, mais je ne pouvais pas descendre sur ses cuisses, j’étais mal à l’aise, à chaque fois, c’était toujours la même chose. J’étais persuadée qu’elle en faisait exprès.

— Tu te mettras de la crème toute seule sur les jambes Coralie…

— Ah bon ? Et pourquoi tu ne veux pas m’en mettre ?

— Parce que tu peux le faire, n’abuse pas quand même !

— Je voulais en profiter parce que tu as les mains douces.... me répondit-elle en souriant.

— Je m’en doutais que tu exagérais, alors tu vas te débrouiller.

Après notre après-midi de bronzage, nous sommes retournées dans sa caravane. Elle me montra un maillot de bain qu’elle avait acheté sur Paris. Elle entreprit un vrai strip-tease. J’étais restée debout dans son auvent, elle était dans la caravane en train de se déshabiller. D’un seul coup, je la vis apparaître à la porte, elle m’interpella :

— Regarde ! Tu as vu comme il me va bien celui-là !

— Ah oui, tu es très bien dedans.

— Tu veux que j’enlève le haut ? me demanda-t-elle en riant.

— Tu fais ce que tu veux, mais....

— Regarde… me coupa-t-elle avant que je termine ma phrase.

— C’est bon Coralie, arrête !

Elle avait commencé à enlever son nœud, mais s’arrêta quand Émilie entra au même moment dans la tente, me dévisageant d’un œil accusateur, elle se tourna vers sa sœur, puis de nouveau, me fusilla du regard. Que s’imaginait-elle encore ?

— Qu’est-ce qu’il y a Émilie ? demanda Coralie.

— Rien du tout ! répondit-elle sèchement en me scrutant de ses yeux noirs de haine.

Émilie était venue chercher ses cigarettes, elle repartit aussitôt. Coralie continua son défilé de mode, avec son jean, sa chemise, son maquillage, sa coiffure, elle savait qu’elle me plaisait, elle aimait me l’entendre dire. Je marchais toujours dans sa tentative de séduction.... finalement c’était devenu un jeu entre nous.

 

Le départ du camping fut difficile encore une fois. Coralie devait descendre sur la Côte d’Azur, je savais que je ne la reverrais pas avant un an.

En rentrant chez mes parents, le lendemain, j’ai trouvé une lettre de Marc. Il désirait me revoir, à Paris, comme convenu. Comme par hasard, mon oncle me téléphona le surlendemain pour m’inviter. Je pouvais partir sur Paris dans la semaine qui suivait. Du coup, j’ai répondu à Marc en lui annonçant mon arrivée chez mon oncle le jeudi. Patrice m’avait déjà prévenue, je pourrai voir Marc quand bon me semble. Il était heureux que je m’intéresse à un homme sans doute.

 

Le jeudi matin, j’ai passé mon code de conduite, réussi avec deux fautes. Je pris le train dans l’après-midi pour Paris. Durant tout le trajet, je me demandais comment allait se passer ce week-end avec Marc ? J’appréhendais un peu. Arrivée à Saint-Lazare, je prenais un train de banlieue jusqu’à chez Patrice. Mon oncle m’attendait sur le quai de la gare.

Je n’étais encore jamais allée chez lui, je ne connaissais pas du tout son appartement qui se situait dans un immeuble de quatre étages. C’était un deux-pièces, un logement de célibataire. Les pièces étaient petites et biscornues. Pas un seul mur n’était droit !

J’ai déposé mon sac de voyage, nous avons bu un verre puis nous sommes allés faire quelques courses pour le repas du soir. Vers vingt heures, alors que nous discutions, quelqu’un sonna à la porte. Patrice se leva pour aller ouvrir, et tout de suite, j’ai reconnu la voix de Marc. Il entra dans le salon, m’embrassa comme si cette petite rencontre avait été organisée, sauf que je n’étais au courant de rien.

— Tu savais que Marc venait ce soir ? demandai-je à Patrice.

— Non, je ne le savais pas, pourquoi ?

— C’est vrai ? demandai-je à Marc.

— Oui, c’est vrai, il n’était pas au courant.

J’aurais presque parié qu’ils s’étaient mis d’accord tous les deux, soit je devenais parano, soit ils se fichaient de moi. Marc m’expliqua qu’il était en stage de laborantin et que je ne pourrais pas le voir avant vendredi soir. Il avait donc prévu de venir me chercher le lendemain soir, après dîner. Nous avons passé la soirée à discuter de choses et d’autres.

 

Le vendredi, j’ai passé la journée avec mon oncle. Il m’emmena rendre visite à la mère de Marc, ainsi, j’ai pu voir où il vivait.

Marc vint me chercher soir comme convenu, il m’invita à boire un verre à Enghien. Il m’a parlé un peu de lui, de ses origines, de sa famille, puis il me posa des questions sur ma vie. Nous avons fait le tour du lac, c’était très romantique. De fil en aiguille, nous en sommes arrivés fatalement à parler de nous deux, de notre rencontre, de nos projets, de notre avenir. Assis sur un banc, dans une ruelle moins fréquentée que les autres, Marc me parla de ma dernière lettre :

— Tu sais, je suis d’accord avec toi, nous avons le temps devant nous et rien ne presse, si on va trop vite, on risque de tout gâcher entre nous, et je n’ai pas envie que ça recommence comme avant...

— Comment ça, comme avant ?

— C’est à dire que je ne me sentais pas très bien avec les filles avec qui j’étais et avec toi, j’aimerais être différent, plus décontracté.

— Oui, je comprends, je suis dans le même état d’esprit que toi.

— On ne devrait pas avoir de mal à avoir confiance l’un en l’autre puisqu’on se comprend.

— J’ai confiance en toi, ce n’est pas le problème, mais, tu sais, pour moi, ça ne change rien, il peut arriver que je sois obligée de tout arrêter entre nous, je ne peux pas prévoir et je ne veux pas te faire mal.

— On fera tout pour ne rien gâcher.

— Je l’espère...

Nous avons marché encore un peu, Marc ne me quittait pas des yeux. Je n’avais pas les clefs de l’appartement de Patrice, nous ne devions pas rentrer trop tard. Je ne voulais pas le réveiller en rentrant.

 

Le samedi midi, j’ai déjeuné en tête-à-tête avec mon oncle et Marc vint prendre le café avec nous. L’après-midi, Patrice nous emmena dans le Quartier latin à Paris. J’adorais cet endroit. Il faisait très chaud, nous avons bu un coup dans un bar. Marc et sa mère étaient invités à dîner chez Patrice le soir même. Nous avons passé une très bonne soirée. J’ai pu connaitre u peu plus la mère de Marc.

Après cette soirée, mon oncle vint me dire bonsoir dans le salon où je dormais :

— Tu as passé une bonne journée ?

— Oui.

— Tu es sûre ?

— Oui, je suis fatiguée, il fait très chaud, mais ça va.

— Tu es certaine ?

— Mais oui ! Si je te le dis !

— Tu avais l’air de t’ennuyer cet après-midi, tu pensais à autre chose, tu étais ailleurs.

— Non, je t’assure que tout va bien.

— Tu n’aimes pas que quelqu’un soit toujours derrière toi hein ?

— Si tu veux faire allusion à Marc, il ne me dérangeait pas.

— Tu l’apprécies vraiment ?

— Oui, il est gentil.

— Bon, si tout va bien… dit-il perplexe.

— Tu n’as pas l’air de me croire…

— Si tu le dis, c’est que c’est vrai, je te trouve bizarre, c’est tout, bonne nuit.

— À demain.

Il partit dans sa chambre. Visiblement, mon malaise était perceptible. Il se posait beaucoup de questions sur ma relation avec Marc. Il savait que j’avais des soucis avec les hommes, que je n’étais pas à l’aise avec eux et il attendait que je lui en parle. Je n’en avais pas le courage. Je voulais qu’on me laisse tranquille. J’avais pensé à autre chose toute la journée, je trouvais que Marc était très envahissant, mais c’était mes affaires, ma vie privée et je n’avais pas envie d’en parler. J’ai observé Marc tout au long de l’après-midi, il ne m’a pas lâché une seconde, je me sentais déjà étouffée. Il avait l’air très attaché à moi, ce n’était pas mon cas vis-à-vis de lui. Je n’avais pas d’amour pour lui. Mon seul amour, c’était Audrey. L’avenir me terrifiait, j’avais peur de subir ce que j’avais déjà vécu avec Fabrice. Ces pensées ont fait jaillir les larmes que je retenais au fond de moi. Je n’avais pas envie d’aller plus loin avec Marc.

Dans la nuit, j’ai rêvé que j’avais quitté Marc pour vivre avec Audrey, mon amour au grand jour.

 

Le dimanche, nous nous sommes promenés tous les trois dans Paris. J’ai pu visiter aussi, Montreuil et Le Bourget. Marc est resté dîner avec nous le soir. Il n’est pas rentré tard, car Patrice était fatigué. Je suis allée l’accompagner jusqu’à sa voiture. Nous avons discuté vingt bonnes minutes sur le parking. Nous ne savions pas comment nous dire au revoir en fait.

— Je vais remonter, dis je, Patrice va se demander ce que je fais.

— Oui, et moi je suis épuisé, demain matin ce sera dur pour se lever.

— On ne se revoit pas alors ? Tu travailles demain et je repars mardi matin.

— Je ne sais pas quand nous nous reverrons.

— De toute façon, on va s’écrire, on se tient au courant.

— Bien sûr ! Allé, je te laisse… dit-il en s’approchant de moi pour me faire la bise.

Il m’embrassa sur la joue pour les trois premières bises puis il me fit la dernière sur les lèvres. Il monta dans sa voiture et partit aussitôt. Dès que je suis rentrée dans l’appartement, Patrice me proposa qu’on aille se coucher. J’ai ainsi échappé à l’interrogatoire, mais je savais que je l’aurais le lendemain puisque je passerai la journée seule avec lui.

Comme de fait, je ne me suis pas trompée ! Le lundi midi, nous sommes allés manger dans une brasserie. Installé dans un coin tranquille, Patrice commença :

— Alors, tu es contente de ton week-end ?

— Oui.

— Tu es amoureuse alors ?

— Amoureuse ? Je ne sais pas...

— Tu fais la différence entre l’amitié et l’amour ?

— Bien sûr !

— Tu te sens bien avec Marc ?

— Je t’ai déjà dit oui hier !

— Je voulais être sûre... qu’est-ce qui te plaît en lui ?

— Sa gentillesse, son calme, son attention, son caractère quoi !

— Tu l’avais déjà vu il y a deux ans.

— Oui, je m’en souviens.

— Et tu ne l’as même pas remarqué, pourquoi tu t’intéresses à lui aujourd’hui ?

— Nous avons fait connaissance et nous avons sympathisé.

— Tu en as parlé à ta mère ?

— Non.

— Pourquoi ?

— Je n’ai pas envie, pour le moment cela ne regarde que moi, je ne vois pas l’intérêt d’en parler.

 

Je me demandais quand allait se terminer cet interrogatoire. Il aurait pu faire partie de la police, il a vraiment raté sa vocation. En plus, il sait très bien quand je ne dis pas tout à fait la vérité, mais j’ai envie de garder mon jardin secret pour moi, je n’ai pas envie de le partager.

Après le déjeuner, nous n’avions rien de prévu donc nous sommes rentrés directement à l’appartement.

Nous avons bu un verre, tranquillement installés dans les fauteuils du salon puis, Patrice redémarra sa série de questions :

— Alors que me racontes-tu Mary ? commença-t-il.

— Rien.

— Tu n’as rien à me dire ?

— Non.

— Je suis pourtant certain que tu as plein de choses à me dire.

— Non.

— Quand est-ce que tu vas revoir Marc ?

— Je ne sais pas.

— Il t’écrit ?

— Oui.

— Tu crois qu’il est amoureux ?

— Oui.

— Tu penses que votre relation sera facile ?

— Non.

— Ah… alors là, tu me surprends, tu réponds comme si tu étais sûre de toi, pourquoi ?

— Parce que je le sais, je me connais assez pour savoir.

— Qu’est-ce qui te fait dire ça ?

— Je le sais, c’est tout !

— Ce n’est donc pas la distance qui vous sépare qui serait un obstacle ?

— Non.

— Alors qu’est-ce qui se passe ? Ce serait Marc qui aurait un problème ?

— Non, je ne pense pas.

— Ce serait toi alors ?

— Oui.

— Et tu peux me dire pourquoi ce ne serait pas facile ?

— Non !

— Tu ne veux pas m’en parler, ou tu ne peux pas m’expliquer ce qui ne va pas ?

— D’abord, je n’ai pas envie d’en parler et puis ce n’est pas si simple d’en parler.

— Bon, tu es libre de me dire ce que tu veux, mais, vraiment, tu me surprends...

J’avais peur de ce qu’il pouvait penser, il ne parlait plus, mais je voyais bien qu’il réfléchissait à tout ce que je venais de lui dire. Il n’était pas psy pour rien !

— Tu as des amies… I.E.S , précisa-t-il ?

— Oui, bien sûr.

— Et des copains ? Tu en as ?

— Oui, aussi.

— Tu te sens mieux avec tes copines ou tes copains ?

— Les deux.

— Je vois… tu es secrète hein ?

— Oui, je n’aime pas qu’on s’occupe de mes affaires.

— Mais il faut que cela sorte tout ça !

— C’est déjà fait !

— Pourquoi tu ne dis rien à ta mère ?

— Je n’ai pas l’envie.

— C’est quoi ce que tu ne veux pas me dire ?

— C’est quelque chose qui ne te regarde pas !

— Je t’ennuie avec toutes mes questions hein ?

— Oui !

— Mais si je ne t’en pose pas, tu ne me dis rien !

— Je n’ai rien à dire !

— Si ! Tu as quelque chose à dire. Tu sais la vie, ce n’est pas facile tous les jours et on ne fait pas toujours ce qu’on veut. Les relations entre les gens sont parfois très compliquées, c’est pour tout le monde pareil. Tu n’es pas bien dans ta peau et cela se voit sur ton visage, tu le sais ça ? Tant que tu ne te sentiras pas bien telle que tu es, ta relation avec Marc n’avancera pas. Il faut laisser le temps faire les choses, il faut être patient, c’est tout…

Il me parlait comme s’il savait ce qui n’allait pas, comme s’il lisait dans mes pensées. Je ne pouvais plus dire un mot, ma voix tremblait. Il a arrêté son interrogatoire, car il a senti que je n’en pouvais plus de toutes ces questions. Il s’est levé, il s’est habillé pour aller faire quelques courses. Je suis restée seule dans l’appartement. Seule avec toutes ces questions dans la tête.

Le soir même, une collègue psychologue dînait avec nous. Elle semblait très sympathique. Ils ont beaucoup parlé de leur travail, mais c’était très intéressant à écouter. À la fin du repas, je me suis levée pour aller préparer le café dans la cuisine. Je mettais de l’eau dans la cafetière lorsque j’ai surpris Patrice en pleine conversation qui baissait le ton de sa voix : "Elle a passé la nuit avec moi, jusqu’à cinq heures du matin. Elle est rentrée chez elle et elle a dégueulé. Quand je lui ai téléphoné, elle m’a dit qu’elle préférait qu’on en reste là, ça lui était impossible de continuer. Elle a couché avec moi comme pour se lancer un défi, et en fait, elle dit que les mecs ce n’est pas son truc. Elle ne veut pas recommencer… et avec sa copine, elle ne sait pas trop où elle en est non plus. Quant à moi, je suis fou amoureux d’elle et j’ai du mal à m’en remettre, je ne sais pas trop où j’en suis…"

 

Adossée au mur de la cuisine, je n’en croyais pas mes oreilles. Je ne bougeais plus, j’étais comme paralysée par ce que je venais d’entendre malgré moi. Patrice serait donc sorti avec une femme homosexuelle… Toutes ses questions défilaient dans ma tête, je comprenais mieux pourquoi il s’inquiétait pour Marc. Il avait sans doute peur que je le fasse souffrir. M’aurait-il comparée à sa copine ? Voilà pourquoi il avait l’air si pensif. Pourquoi ne m’en a-t-il pas parlé ? Cela aurait été plus simple pour moi de me dévoiler… Mes mains tremblaient d’un seul coup. Je ne voulais pas faire de mal à Marc. Je retournai dans le salon avec le café, en raclant le fond de ma gorge pour prévenir de mon arrivée.

Patrice continuait sa discussion : "C’est une femme qui s’exprime beaucoup par écrit (tiens donc !), quand je lui ai téléphoné, elle était en train de m’écrire. Je suis vraiment embêtée, c’est dommage qu’elle soit comme ça, je l’aime et j’avais envie de la revoir pour essayer de nouveau, mais il n’y a rien à faire, c’est trop pénible pour elle. Elle en est malade. Comme quoi, on ne fait pas ce qu’on veut et les gens savent bien ce qu’ils sont, il n’y a pas de mystère…"

 

Me sentant visée par cette dernière phrase, je sentis mes joues devenir rouge écarlate. Je suis allée m’asseoir sur le rebord de la fenêtre pour admirer la banlieue plongée dans la nuit. C’était très joli toutes ces lumières. Je sentais les yeux de mon oncle posés sur moi, je n’osais pas me retourner. Que se passait-il donc dans sa tête ? Ce n’est pas moi qui avais besoin de parler, c’était lui ! C’était lui qui avait quelque chose à sortir ! C’était lui qui avait besoin de savoir ce que ressentait une femme homosexuelle dans les bras d’un homme ! C’était lui qui se demandait si on pouvait malgré tout aimer quelqu’un du sexe opposé ! C’était lui qui aurait voulu parler de tout ça avec moi ! Peut-être que j’aurai pu l’aider s’il avait parlé de lui et non retourné la situation sur moi. Pourquoi ne m’a-t-il rien dit ? Pourquoi ? Pas facile de parler de choses qui font mal, hein, mon cher tonton ? Si tu m’avais dit ce qui te tracassait vraiment, peut-être qu’on se serait rapprochés tous les deux. Pourquoi reporter sur les autres ce qui te tracasse ?

 

Aujourd’hui, je ressens toujours ce fossé entre nous, cette incapacité à me confier à toi de vive voix. Pourquoi ne m’as-tu rien dit ce jour-là ? Tu aurais abordé les choses telles qu’elles te perturbaient, nous aurions discuté, je ne me serai pas enterrée dans mon mutisme. Certes, je n’avais pas envie de parler de moi, car le sujet t’était étranger à mes yeux. Si j’avais su que tu essayais de comprendre ta copine à travers moi, bien sûr, je t’aurai aidé à mieux comprendre. Il faut toujours dire les choses telles qu’on les ressent et ne jamais reporter nos propres problèmes sur les autres, c’est ainsi qu’on rate l’occasion d’une communication importante. Et quelle importance ! Ce jour-là, nous sommes passés à côté l’un de l’autre. Je t’ai trouvé barbant avec tes questions, car tu ramenais tout à moi. Je t’aurais trouvé plus intéressant si tu m’avais parlé de ta propre expérience. Le dialogue aurait été profitable, pour toi, comme pour moi. Si tu savais comme je regrette ! Les discussions sérieuses ont leur bon moment pour s’exprimer, nous avons raté le coche.

 

Après le dîner, Patrice n’était pas fatigué, il me proposa d’aller prendre un verre à Enghien. Sa collègue était rentrée se coucher. Ses yeux étaient dans le vague, il réfléchissait, il rêvait. Nous avons fait le tour du lac à pied. On aurait dit qu’il essayait de trouver un moyen pour me parler. Nous marchions dans le noir et le silence, les mains dans les poches comme deux paumés qui ne savaient plus quoi faire de leur vie. Je commençais à avoir le cafard, le silence était trop lourd tout à coup.

Nous sommes rentrés à une heure du matin, je me suis enfin couchée.

Le lendemain, j’ai préparé le petit déjeuner. J’ai pris ma douche puis j’ai rangé mes affaires. Je ne reprenais pas le train, car Patrice venait passer quelques jours à Rouen. Il a donc préparé sa valise et nous sommes passés chez Marc pour boire un café avant de reprendre la route.

AËL

 

Publié dans Coming Out

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