Séduction

Publié le par Aël

Séduction

Pendant le week-end de la Pentecôte comme nous avions trois jours de congé, les parents d’Alex voulaient en profiter pour aller à Deauville. Le samedi midi, nous étions au camping. Coralie était là aussi avec son frère et sa sœur. J’étais heureuse de la retrouver par contre, j’ai tout de suite senti la jalousie d’Émilie, la sœur de Coralie. Elle ne supportait pas que nous nous entendions aussi bien, que nous soyons aussi proches. L’ambiance était tendue dès notre arrivée.

 

Alors que nous étions dans la caravane d’Alex , j’ai vu Coralie qui partait vers les douches. Elle me fit signe de venir. Je suis sortie et elle me dit :

— Tu viens avec moi ? Je n’ai pas envie d’aller prendre ma douche maintenant, je vais aller faire un tour sur la plage.

— D’accord, je t’accompagne.

Nous sommes parties toutes les deux sur la plage. Nous nous sommes assises sur un rocher face à la mer. Le soleil commençait à descendre, la mer était belle et propre pour une fois. Coralie a commencé à me parler de son petit ami qui n’était pas là ce week-end, mais qui venait régulièrement au camping. Elle ne sortait plus avec lui, car il semblait avoir une autre copine. Elle n’avait pas l’air de savoir où elle en était. Au bout d’une heure, elle s’est décidée à aller prendre sa douche. Je l’ai accompagnée jusqu’à l’entrée et au moment où je voulais repartir elle me dit :

— Mary, tu ne peux pas repartir, il me faut quelqu’un pour me frotter le dos…

— Ah… Bah, demande s’il n’y a pas un volontaire dans les douches ! répondis-je naïvement.

— Non… tu ne veux pas venir avec moi ?

— Euh… pardon ?

— Tu ne veux pas prendre ta douche avec moi ?

— Tu plaisantes ? demandai-je, un peu stupéfaite des idées qu’elle avait dans la tête et surtout par son sourire provocant.

— Viens… Mary allé... Insistait-elle lourdement, me mettant très mal à l’aise.

— Arrête ton délire… je préfère ne pas te répondre Coralie… il vaut mieux que je retourne voir Alex , je crois, ce n’est pas très raisonnable ce que tu me demandes là, tu sais… répondis-je gênée par sa proposition et par son regard qui ne me quittait plus.

— Non ! Ne t’en va pas ! Rentre, je vais dans les douches du fond, viens avec moi, tu vas m’attendre et je rentrerai à la caravane avec toi.

Elle est entrée dans une douche sans refermer la porte et commença à se coiffer devant le miroir en me regardant et me demanda :

— Tu me trouves comment coiffée comme ça ?

— Super !

— Et comme ça ? Qu’est-ce que tu en penses ?

— Géniale !

Elle s’arrêta un moment, s’observa dans le miroir, se retourna vers moi. Ses yeux en disaient long sur ses pensées, mais je ne voulais pas marcher dans son petit jeu de séduction… Elle était mignonne Coralie, avec ses grands yeux verts troublants. C’était une belle jeune femme. Elle m’impressionnait, je perdais mes moyens dès qu’elle s’amusait à ce petit jeu de la séduction, elle savait que j’étais sensible à son charme, elle en profitait et je crois qu’elle appréciait de plaire à une femme.

— Tu rentres ? me dit-elle, je referme la porte…

— Non, je reste dehors, c’est préférable...

— Tu ne vas pas me laisser toute seule dans la douche ?

— Bah oui, tu n’as pas besoin de moi.

— En fait, je n’ai pas envie de te quitter, Mary…

— Oui... j’ai bien compris... on se retrouve après manger ?

— D’accord, je te ferai signe.

 

Je suis repartie en direction de la caravane. Coralie me déroutait, je ne comprenais pas ce qu’elle cherchait, pourquoi me provoquait-elle ainsi ? Qu’attendait-elle ? J’avais l’impression qu’elle me testait. Je ne savais pas comment prendre ses réflexions ni son comportement.

Nous avons mangé rapidement pour pouvoir ressortir très tôt. J’ai fait signe à Coralie qui se trouvait devant chez elle. Je suis partie devant pour éviter les jalousies de sa sœur et elle m’a suivie, nous nous sommes rejoints à la salle de jeux du camping. Mais sa sœur ne tarda pas à nous emboîter le pas. Coralie quitta la salle de jeux et me dit :

— Viens, on va ailleurs, elle m’énerve à nous coller ! Sur la plage, on sera plus tranquille…

— On retourne sur le rocher comme tout à l’heure ?

— Oui…

Nous nous sommes installées sur le rocher, côte à côte, dans le silence, nous admirions la mer. La plage était déserte, nous n’entendions que le bruit des vagues. Le soleil commençait à se coucher.

— Il est superbe le coucher de soleil, me dit Coralie d’un ton rêveur.

— C’est vrai, il est magnifique.

— Tes parents sont divorcés ? demanda-t-elle subitement.

— Oui, tu ne le savais pas ?

— Non, j’ai toujours pensé que ton père était décédé, où qu’il vivait loin d’ici.

— Ils ont divorcé quand j’avais cinq ans.

— Alors tu l’as connu un peu…

— Oui, je me souviens très bien de lui.

— Je n’ai jamais osé te demander ce qu’il était devenu.

— Depuis le temps qu’on se connaît, je pensais que tu étais au courant…

— Et tu penses que cela arrangerait les choses si tu le revoyais ?

— Quelles choses ? Ma vie ?

— Te sentirais-tu plus à l’aise avec les hommes si tu le revoyais ?

— Je ne sais pas… je ne pense pas, il est trop tard, ce n’est plus maintenant que j’ai besoin de lui. J’ai vécu mon enfance avec ma mère, ma sœur, ma grand-mère… que des femmes…

— Il n’y avait pas de présence d’homme, mais c’est bizarre…

— Qu’est-ce qui est bizarre ?

— Comment peut-on changer comme ça du jour au lendemain ?

— Ce n’est pas du jour au lendemain, je me posais des questions depuis quatre ans. Je ne savais pas où j’en étais, qui j’étais, et j’avais peur de ce que je ressentais pour les femmes, j’étais complètement paumée.

— Ouais, mais avant, tu ne savais pas que tu allais devenir « comme ça » ?

— Non, je ne le savais pas où peut-être que je refusais de le voir. J’ai toujours été très attachée à mes amies, j’ai toujours été très proche des femmes en général. Aujourd’hui, je suis consciente de tout ça, mais avant je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Je sais maintenant quelles sont les raisons de mon comportement envers les hommes, et je ne peux rien y changer, c’est ce qui m’embête le plus.

— Oui, mais tu es quand même sortie avec des garçons ?

— Oui, et à part Lorenzo, je n’en ai aimé aucun. Je sortais avec les garçons pour faire comme toutes mes copines. Puis un jour, j’ai trouvé ce que je cherchais, sauf que c’était une fille qui m’a fait découvrir ce que c’était d’aimer.

— C’est difficile à imaginer… avant que tu ne me dises tout ça, je n’avais pas remarqué que tu étais « comme ça », dit-elle sans oser prononcer les mots justes.

— Heureusement que ce n’est pas écrit sur mon front ! Ceux qui ne sont pas au courant ne s’en aperçoivent pas. Ce n’est pas difficile à comprendre, ce que tu ressens pour les hommes, je le ressens pour les femmes, c’est pareil.

— Hum…finalement, si les gens acceptaient les choses telles qu’elles sont, cela ne te dérangerait pas d’être « comme ça » ?

— Non, cela ne me dérangerait pas à partir du moment où je suis heureuse. Quand tu aimes et que tu es aimée, tu oublies ceux que cela dérange et tu ne penses qu’à ton bonheur.

 

La nuit commençait vraiment à tomber. Coralie essayait de comprendre ce qui se passait en moi. J’étais très touchée par cette conversation que nous avions à cœur ouvert, sans tabou. Ce n’était pas facile pour moi, de lui expliquer ce que je ressentais même s’il n’y a rien à expliquer à l’amour. Ses questions étaient de plus en plus précises. Ma voix tremblait parfois, j’avais du mal à aborder ce sujet, par manque d’habitude sans doute.

D’un seul coup, nous avons vu arriver au loin, sa sœur, son frère et Alex . Ils semblaient nous chercher. Leur regard balayait la plage, puis ils sont redescendus dans le camping.

Coralie avait l’air perdue dans ses pensées. Ses yeux ne quittaient plus la mer, elle était silencieuse. Je me sentais bien, là, assise près d’elle, dans le noir, seules. J’aurais voulu rester là toute la nuit, à discuter de choses et d’autres. Puis, à voix basse, elle me dit :

— Mary… raconte-moi encore…

— Que veux-tu que je te dise ?

— Je ne sais pas, dis-moi quelque chose…

— Je n’ai rien à dire…

— Tu trembles ? Tu as froid ?

— Oui, je commence à avoir un peu froid.

— Je n’ai pas envie de rentrer.

— Moi non plus.

— Dis-moi quelque chose Mary…

— Quoi ?

— Je ne sais pas, n’importe quoi… dis-moi que … tu m’aimes…

— Pardon ?

— Dis-moi que tu m’aimes...

— Mais qu’est-ce que tu as aujourd’hui ? Qu’est-ce que ça veut dire tout ça ? Hein ? Arrête Coralie parce que je sens que …

— Que ?!

— Il faut que je rentre maintenant, la mère d’ Alex va se demander où je suis, elle va s’inquiéter dis-je en me levant.

— Tu as raison, il vaut mieux qu’on rentre… ma sœur va me tomber dessus aussi !

Nous avons quitté la plage pour retourner dans le camping. Arrivées devant nos caravanes désertes, éteintes, comme si tout le monde dormait, Coralie me retint par le bras et me dit :

— Ne rentre pas te coucher, reste avec moi, je n’ai pas envie de te quitter, je n’ai pas envie de rentrer, je ne suis pas fatiguée…

— Moi non plus, je n’ai pas envie de rentrer, mais, il le faut…on se voit demain…

— D’accord, à demain.

 

Je suis allée me coucher, mais je n’arrivais pas à m’endormir. Je pensais à Coralie, à notre discussion, à toutes ses insinuations, je ne voyais pas où elle voulait en venir où plutôt j’avais peur qu’elle m’emmène sur un chemin où je refusais d’aller avec elle. Elle était complètement hétéro, comment pouvait-elle avoir une attirance pour moi ?… Soit elle me testait, ce que je n’apprécierais pas, soit elle essayait de me faire comprendre que je l’attirais vraiment, et dans ce cas, je ne ferais pas le premier pas. Je me demandais jusqu’où elle irait... J’étais déstabilisée par ce que je ressentais en moi. Je luttais encore une fois contre moi-même, contre les autres, j’avais la sensation d’être tout le temps dans la lutte.

Le lendemain après-midi, nous nous sommes retrouvées de nouveau sur la plage. Il faisait un temps magnifique. Nous nous sommes installées le long de la digue, éloignées du camping, puis nous avons commencé à discuter.

Sans que je m’en aperçoive, Coralie avait pris une poignée de sable et elle me la glissa dans ma chemise :

— Hé ! Mais qu’est-ce que tu fais ? T’es dingue où quoi ? criai-je.

— Ne bouge pas ! Je vais t’aider à l’enlever !

— Non ! Tu ne me touches pas ! Enlève ta main Coralie ! hurlai-je en me levant alors qu’elle avait déjà passé sa main sous ma chemise.

Coralie avait entrepris de m’enlever le sable en me caressant le dos et les épaules…

— S’il te plaît, Coralie, arrête ça…

— Mais quoi ? Je t’aide alors arrête de crier et laisse-moi faire !

— C’est bon maintenant, ça suffit !

Elle profita que je sois retournée pour m’en remettre une deuxième poignée dans la chemise. Et là, je me suis énervée :

— Mais merde ! Arrête enfin ! J’en ai partout, jusque dans mon pantalon ! J’en ai marre de tes conneries !

— Bah c’était ça où alors… dit-elle en baissant les yeux au sol.

— Où alors quoi ? criai-je toujours.

— Alors rien ! répondit-elle en vociférant sur le même ton.

— Si ! Continue ! Va au bout de tes phrases ! Alors quoi ? Allée ! Dis-moi, vas-y a la fin ! Va au bout Coralie... mais arrête de me chercher parce que je n’ai pas envie de jouer avec toi.

— Non ! et on s’en va d’ici, on va aller boire un coup ça va me rafraichir les idées.

— Tu as raison, allons-nous-en !

 

Elle en avait dit trop ou pas assez et elle commençait à m’énerver. J’aurai préféré qu’elle ait le courage d’aller droit au but plutôt que de s’amuser avec moi depuis deux jours. Elle me rendait nerveuse, elle me déstabilisait sans arrêt, cela devenait pénible à la fin, je ne savais plus quoi penser. Attendait-elle que ce soit moi qui ose franchir les limites ? Je n’en savais rien.

Installées à la terrasse d’un café, l’ambiance était devenue tendue. J’étais dans mes retranchements, je commençais à m’enfermer pour ne plus ressentir cette dualité entre le désir que Coralie réveillait et la raison qui m’interdisait de toucher à une femme hétéro même si elle me provoquait. Je vivais tellement mal mon homosexualité que je ne voulais pas que d’autres femmes découvrent la leur, voire leur bisexualité, à mon contact.

Par la suite, j’ai pourtant été une révélatrice dans ce domaine pour les femmes hétéro sans en avoir conscience et sans le vouloir. Les personnes qui nous approchent viennent toujours chercher quelque chose en nous qui sommeille en elle.

 

Nous devions rentrer chacune de notre côté en Normandie le soir même et il était clair que nous n’avions pas envie de nous quitter. La frustration s’exprimait comme elle pouvait et gâchait un peu la fin du week-end. La peur de l’attachement était flagrante, valait mieux ne pas se quitter en trop bon terme pour faciliter la séparation imminente... Nous avons bu notre verre assez rapidement dans un triste silence et nous sommes rentrées au camping pour préparer nos valises pour le retour de week-end. Je suis allée dire au revoir à Coralie avant de reprendre la route. Elle ne voulait plus me quitter, c’est avec les larmes aux yeux qu’elle m’a embrassée juste au moment où je montais en voiture.

— On s’appelle ? dis-je pour détendre l’atmosphère du départ.

— Oui et on se revoit bientôt, c’est les vacances dans quelques jours...

— Allé.... on m’attend... à bientôt !

AËL

 

 

Publié dans Coming Out

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Bernieshoot 26/04/2017 07:17

qui fera le premier vrai pas, texte très prenant, bienvenue dans ma communauté livre o blogs

Aël 26/04/2017 08:47

Merci pour votre accueil ! Au plaisir de lire et d'écrire...