Echec scolaire...

Publié le par Aël

Echec scolaire...

Mes résultats scolaires étant en baisse, le conseiller d’orientation m’a convoquée pour un entretien. Mon redoublement n’était pas profitable et comme ce n’était pas le premier, il se posait des questions sur mon état de santé psychologique. Il voulait tout savoir sur ma famille, mes projets, mes ambitions. À la fin de la conversation, il m’a conseillé d’aller voir un psychologue, car il semblait que j’avais un blocage quelque part. Qu’est-ce qu’un psychologue pouvait y changer ? Ce n’était pas une maladie ! Je ne pouvais donc pas me soigner !Je n’étais pas décidée à aller consulter. Il m’a fait peur, car le lycée pouvait très bien me mettre dehors l’année suivante. À mon âge, l’école n’était plus obligatoire. Il voulait aussi que je parle à ma mère. Je ne pouvais pas lui parler. Je voulais qu’on me laisse tranquille avec ma vie.

 

À la réception du bulletin de notes, ma mère a ouvert l’enveloppe avant mon retour du lycée. Quand je suis rentrée chez moi, elle m’attendait pour une petite discussion :

— J’ai reçu ton bulletin ! me dit-elle sèchement.

— Ah… et alors ?

— Tu as vu tes notes ? Tu comptes passer en première avec des notes pareilles ?

— Non...

— Je te rappelle que tu redoubles !

— Oui, je le sais, mais l’année n’est pas terminée, je peux encore me rattraper.

— Je crois que tu rêves, je doute que tu puisses rattraper autant de points. Je vais aller à la réunion des professeurs et tu viendras avec moi.

— Non, je n’irai pas, il en est hors de question !

— Oui, tu viendras avec moi parce que tu es la première concernée il me semble, c’est de ton avenir dont il s’agit, pas du mien ! Tu vas aller voir le conseiller.

— Ce n’est pas la peine, il m’a déjà vue !

— Et tu ne m’as rien dit ? Qu’est-ce qu’il t’a dit ?

— D’aller voir un psy ! C’est tout ce qu’il a su me dire ! Alors les conseillers, ça ne sert pas à grand-chose…

— De toute façon, je vais te trouver une autre école, si tu ne passes pas en première, tu iras dans une école privée.

— Alors ça jamais !

— Qu’est-ce que tu comptes faire ? Tu peux me le dire ?

— J’arrêterai l’école !

— Non, mais ça ne va pas non ? cria-t-elle.

— Si ça va.

 

La réunion a eu lieu, il a fallu que j’y aille avec ma mère. Les professeurs ont cherché à savoir ce qui ne convenait pas dans mon cursus, dans mes motivations, dans mon état d’esprit général. Tout le monde était d’accord sur un point : je faisais un blocage ! Je les écoutais déblatérer sur mon cas, faire des réflexions sur des comportements que j’avais, je semblais insouciante face à mon avenir, ce n’était pas normal pour eux. Je ne le voyais pas mon avenir ! Alors qu’est-ce qu’ils allaient chercher dans mon attitude ? Elle n’était pas normale, je le savais depuis longtemps. Après la réunion, en rentrant à la maison ma mère n’a pas dit un mot dans la voiture sauf qu’elle ne voulait plus m’inscrire dans ce lycée. J’avais mal à la gorge, elle était serrée. Je n’ai rien mangé le soir. J’ai cherché dans tous les placards s’il n’y avait pas des somnifères. Je voulais dormir et ne plus jamais me réveiller. Je voulais disparaître à jamais de cette terre pour que plus personne ne discute de mon avenir. C’était ma vie, j’en faisais ce que bon me semblais. Et je ne savais qu’en faire ce soir-là. Ils m’avaient démonté le moral. Où était ma place ? Bien sûr, ma mère ne prenait jamais ce genre de médicaments. Je me suis enfermée dans ma chambre. J’ai pris mon cutter et j’ai commencé à me lacérer les veines, tout doucement. Les larmes coulaient à flots, j’étais fatiguée, épuisée par tout ce remue-ménage sur ma destinée. Le plus simple était d’arrêter de vivre. La douleur du cutter sur mon bras m’a forcée à lâcher la lame. Mon bras saignait. Je n’avais pas le courage d’aller jusqu’au bout. Je n’avais le courage ni de vivre ni de mourir. Que pouvais-je faire de moi ? J’étais un boulet que je traînais désespérément tous les jours. La solitude de la nuit m’angoissait. J’avais de plus en plus de maux d’estomac.

 

Pendant les vacances de février, je suis allée passer une journée en ville avec mon ami d’enfance. Nous nous étions donné rendez-vous, mais quand je suis arrivée, il n’était pas seul, un ami l’accompagnait. Je leur ai dit bonjour, Alex me présenta son ami qui attendait son bus pour rentrer chez lui. Ce jeune homme me regardait avec insistance, puis il finit par me dire :

— Tu sais, Alex m’en a raconté une bonne sur toi…

— Arrête ! Tais-toi ! lui rétorqua Alex sur un ton presque agressif.

— Non, laisse-le terminé enfin ! dis-je, curieuse de savoir ce qu’il avait pu lui dire de si intéressant.

— Il va te dire des bêtises, ne l’écoute pas ! me dit Alex presque en panique.

— Si, ça m’intéresse, alors continue ce que tu voulais me dire.

— Alex a trouvé des lettres que tu as écrites à sa cousine, et il paraît que tu es gouine…

— Pardon ? Alex, qu’est-ce que ça veut dire cette histoire ? Quelles lettres ? répondis-je emportée par la colère, désemparée devant ce mot que je ne supportais pas d’entendre et qui, une deuxième fois me tombait dessus à cause de mes courriers, à cause de mes écrits...

L’ami en question a senti l’orage tourner, il a prétexté qu’on l’attendait, puis il s’est éclipsé, nous laissant nous débrouiller tous les deux pour éclaircir la situation.

— Bon, bah maintenant tu es au courant, je n’ai plus besoin de te le dire… dis-je à Alex.

— Oui, et ce n’est pas grave, je t’aime quand même tu sais…

— Comment tu l’as su ?

— L’autre jour, chez ma cousine, je cherchais mon briquet dans un de ses tiroirs dans sa chambre, je suis tombée sur une de tes lettres, je l’ai lue... mais elle n’est pas au courant.

— Et maintenant, tu vas le crier sur tous les toits c’est ça ?

— Mais non, je ne dirais plus rien à personne.

— Et puis, tu sais, ce que tu as lu, ce n’est peut-être pas définitif, j’ai toujours espoir de rencontrer l’amour avec un homme…

— Alors je me porte volontaire !

— J’essayerai d’y penser… répondis-je sans croire à notre histoire surnaturelle… Je ne voyais pas Alex avec une femme… Il avait trop de manières...

Le dernier week-end avant la rentrée des classes, il est venu à la maison. Je lui ai fait lire ce que j’écrivais depuis des années sur ma vie. Il comprenait un peu mieux pourquoi j’étais homosexuelle. Du coup, il s’est instruit tout le week-end dans les livres spécialisés sur la sexualité. C’était un sujet dont nous ne parlions jamais. Tout ça lui a bien torturé l’esprit, car dans la nuit, il a rêvé que nous avions fait l’amour tous les deux. Au départ, j’étais choquée, car je ne nous voyais pas du tout ensemble. Puis, cette idée m’a poursuivi pendant quelque temps. C’était le seul garçon avec lequel je m’entendais très bien, je me sentais aussi à l’aise qu’avec une amie. Mais, non, cette idée était vraiment trop idiote, il ne pouvait pas y avoir de sexe entre nous !

 

Nous avons repris les cours. J’ai retrouvé Emma, bien sûr, que je n’avais pas revue depuis deux semaines. Je lui avais écrit comme à chaque vacances. Mais le retour fut un peu froid et je craignais d’en avoir trop dit sur mes sentiments. À l’intercours, je suis allée la voir :

— Je peux te parler ? demandai-je doucement.

— Oui, bien sûr, qu’est-ce qu’il y a ?

— Te souviens-tu de la question que je t’ai posée dans ma dernière lettre ?

— Oui, tu m’as demandé quelle importance je donnais au verbe aimer quand tu me disais que tu m’aimais… me dit-elle en me regardant droit dans les yeux.

— Alors, pourquoi, tu me réponds , "moi aussi"… à chaque fois que je te dis que je t’aime ?

— Parce que je ne sais pas où j’en suis Mary… Je ressens plus que de l’amitié pour toi, mais ce n’est pas vraiment de l’amour…comment t’expliquer ? Je ne suis pas homo... je ne sais pas définir ce que je ressens… tu me perturbes.... c’est tout ce que je sais... c’est compliqué...

— Excuse-moi, je ne voulais pas te mettre dans l’embarras, je n’aurais jamais dû te dire ce que je ressentais.

— Tu crois que je ne m’en étais pas aperçue ? Ça se voit, tu sais, dans ta façon de me regarder, tu ne peux pas le cacher, tu ne regardes pas toutes les filles de cette façon-là…

— Ah bon ? Ça se voit ?

— Disons que, moi je le vois… je le sens... me dit-elle pour me rassurer, sans doute.

 

Notre conversation m’a inquiétée, car j’étais loin de me douter que l’on pouvait s’apercevoir que j’étais homo. Chez les hommes, c’est flagrant avec leurs manières, ils ne peuvent pas passer inaperçus, mais, chez les femmes ? Comment reconnaissait-on une femme hétéro et une femme homo ? Ce n’était pas écrit dans leurs yeux ! Comment allais-je pouvoir savoir où je mettrais les pieds ? Je n’étais pas la seule femme homosexuelle sur cette terre ! Je ne connaissais pas d’autres personnes homosexuelles, ni hommes ni femmes. Comment pouvait-on se sentir aussi seul dans la vie ?

AËL

 

 

Publié dans Coming Out

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