Sylvain, ma douleur

Publié le par Aël

Sylvain, ma douleur

Pas très enchantée de reprendre les cours, j’étais repartie pour une année en seconde.

Fabrice, un de mes anciens flirts, est revenu frapper à ma porte pour que je vienne faire un tour avec lui, qu’on discute, qu’on se voit tout simplement.

C’était un samedi, il pleuvait à verse , il était en mobylette. Il est venu sonner à la maison :

— Bonjour, dit-il lorsque j’ai ouvert.

— Salut… qu’est-ce que tu fais là, sous la pluie ?

— J’avais envie de te voir. Ma mère n’est pas là, je voulais en profiter pour te payer un café à la maison.

— C’est gentil, mais je n’ai pas envie de sortir avec le temps qu’il fait.

— Viens, il ne pleut pas chez moi… insista-t-il.

— Alors pas maintenant, peut-être ce soir.

— D’accord, je viens te chercher à 21 heures pile.

 

Le soir, il arriva effectivement à l’heure pile. Il m’a emmenée chez lui en mobylette à quelques centaines de mètres de chez mes parents. Je n’étais pas retournée chez lui depuis longtemps. Nous nous sommes installés dans la cuisine en attendant que le café chauffe. Après avoir bu notre tasse tranquillement Fabrice avait envie qu’on aille écouter de la musique dans sa chambre. J’ai accepté, tout en étant sur mes gardes quant à ses véritables intentions. Je me suis assise par terre contre le radiateur chaud, son regard ne m’inspirait pas confiance. J’entendais la pluie frapper contre le carreau au-dessus de ma tête. Fabrice s’approcha pour regarder dehors en me disant :

— Tu as vu comme il pleut ?

— Oui, il fait vraiment un temps pourri !

— Lève-toi, regarde le lampadaire là-bas… me dit-il.

Je me suis levée. Je l’ai senti se rapprocher, je me suis assise aussitôt. Il s’est installé à côté de moi en passant un bras autour de mes épaules et a posé son autre main sur ma cuisse en me demandant :

— Pourquoi tu ne veux pas sortir avec moi ?

— Enlève ta main !

— Tu n’as pas répondu à ma question ?

— Écoutes, nous sommes sortis ensembles plusieurs fois et ça ne marche jamais entre nous, alors je ne vois pas où est l’intérêt de continuer.

— Je sais que j’ai fait l’imbécile, mais je te promets que je resterai avec toi maintenant. J’ai arrêté mes conneries, c’est du passé, je t’assure que c’est fini. Je suis certain que ça pourrait marcher entre nous, continua-t-il.

— Non, je ne pense pas, je n’en suis pas certaine du tout.

— Mais pourquoi alors ?

— C’est fini, je n’ai pas confiance en toi. Et, je n’ai aucune envie de ressortir avec toi.

— Je suis sûr que tu penses le contraire.

— Non, pas du tout, et puis de toute façon je ne peux pas sortir avec toi...

— Comment ça tu ne peux pas ? Qu’est-ce que ça veut dire ?

— Ne cherche pas à comprendre, laisse tomber.

— Tu sors avec quelqu’un d’autre, c’est ça ?

— Non, pas du tout.

— Alors, dis-moi ?

— Non, lâche-moi un peu, enlève tes mains, laisse-moi tranquille.

— Mary, je te promets que je ne ferai plus de bêtises, je te promets que je resterai avec toi, je tiens à toi, je n’arrive pas à t’oublier, persistait-il.

— S’il te plaît, laisse-moi Fabrice.

 

Il n’écoutait plus ce que je lui disais. Il s’est approché encore plus pour m’embrasser. Je ne savais plus quoi faire, j’étais tiraillée entre l’envie de partir et celle de rester pour voir si j’allais pouvoir aller jusqu’au bout cette fois. Je voulais savoir si j’étais toujours homosexuelle. L’occasion se présentait, je la saisissais. Fabrice n’était pas un inconnu, c’était un copain, nous nous connaissions bien, mais nous n’avons jamais fait l’amour ensemble. Nous nous étions arrêtés au flirt, nous étions plus jeunes quand nous nous sommes rencontrés. Je l’ai laissé m’embrasser. Je sentais ses mains parcourir mes cuisses doucement. Il se leva lentement m’attrapa les mains et m’entraîna vers son lit. J’appréhendais ce qui allait se passer. J’essayais de me contrôler, de ne pas céder à la panique qui commençait déjà à m’envahir. Il s’est allongé à côté de moi.J’ai plongé mon regard dans ses yeux bleus. Tout en m’embrassant, je sentais sa main qui descendait jusqu’à ma ceinture de jean’s. La boucle s’est défaite, les boutons de mon pantalon n’ont pas résisté longtemps. L’angoisse montait en moi, j’étais tétanisée, incapable de réagir. J’avais la sensation de quitter mon corps et de rentrer dans ma bulle. Il se déshabilla lui-même tout seul, très vite et tira sur les jambes de mon jean’s pour le faire glisser, puis s’allongea aussitôt sur moi. J’ai senti son sexe raide entre mes cuisses, je ne supportais pas cette sensation. Les yeux fixés sur le plafond, je commençais à étouffer. Je savais que si je ne bougeais pas j’allais me faire violer... et je ne pouvais pas bouger. Mon corps ne répondait plus, je n’étais plus dedans... Les larmes montaient, ma gorge se resserrait. Je sentais mon corps contracté des pieds à la tête et pourtant je n’avais aucun contrôle sur lui. La main de Fabrice est redescendue sur mon ventre, sur mon sexe… Il ne s’apercevait pas que je n’étais pas dans les conditions pour faire l’amour ? Il ne voyait pas que j’étais complètement terrorisée ? Il ne comprenait pas que j’avais peur ? Il était égoïste à ce point pour ne penser qu’à son propre plaisir ? C’était ça l’amour ? Ses doigts se sont faufilés en moi et là, la douleur m’a fait réagir violemment :

— Fabrice ! Arrêêêêêête ! criai-je

— Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? dit-il surpris en retirant ses doigts de mon ventre et en se mettant complètement sur moi.

— Arrête ! Pousse-toi !

— Mais non, qu’est-ce que tu as ? continuait-il en essayant de me pénétrer de force.

 

La panique m’a fait sortir de ma prison corporelle, j’ai hurlé pour qu’il s’arrête, les deux mains sur ses épaules, je tentais vainement de le repousser, prête à le mordre. Je me débattais pour qu’il ne puisse pas en venir là où il l’avait décidé. Il a fini par se relever et sortir de la chambre en claquant la porte. Je me suis effondrée en larmes, je tremblais de tout mon corps, j’avais mal au ventre. Je me suis rhabillée très vite et je suis descendue à la cave pour partir. Il m’a rejoint sans dire un mot, il a démarré sa mobylette en me faisant signe de la tête pour que je monte derrière lui. Il m’a déposé devant chez moi et il est reparti aussitôt sans m’adresser un seul mot. Je ne pouvais pas rentrer, j’étais décomposée. Je me suis assise sur un banc dans le petit square en face de chez mes parents. La nuit était tombée.

 

Je pensais à Audrey, elle me manquait tellement... Je ne savais plus où j’en étais, pourquoi je persistais à sortir avec les garçons puisque c’était impossible ? J’ai beaucoup réfléchi et pleuré avant de rentrer chez moi. Est-ce que cela valait le coup que je souffre autant pour faire partie des normes de la société ? Pour protéger ma mère et ne pas lui faire de la peine ? Je ne pouvais pas tout prendre sur moi, il allait falloir que mon entourage m’accepte et que je m’assume telle que j’étais. Il s’agissait de ma vie, pas de celle des autres. Je ne méritais pas autant de sacrifice. C’était trop me demander, je ne serai jamais comme tout le monde, tant pis pour ceux que cela dérangerait. J’étais sûre que ma mère voulait mon bonheur, alors elle m’accepterait telle que j’étais. Elle n’aurait pas supporté de me voir malheureuse toute ma vie, non, elle n’aurait pas souhaité une chose pareille. Tout en réfléchissant, je me suis calmée puis j’ai décidé de rentrer. Je suis allée directement dans ma chambre pour me coucher. J’avais toujours mal au ventre. Plus jamais ça, me suis-je dit avant de m’endormir.

 

De retour au lycée le lundi, les images me revenaient assez régulièrement à l’esprit, je ne pouvais pas chasser cette scène de ma tête. Le visage et le regard de Fabrice hantaient mes pensées. J’ai gardé cette histoire pour moi, je ne pouvais pas en parler à qui que ce soit, pas même à Audrey.

Mon emploi du temps me permettait de prendre le bus avec elle une fois par semaine. C’était une véritable bouffée d’oxygène à chaque fois que je la voyais. Et pourtant, nous nous voyions seulement le temps d’un trajet qui ne durait pas plus de vingt minutes.

 

L’ambiance à la maison n’était pas vraiment idéale. Je commençais à comprendre pourquoi je ne supportais pas mon beau-père. Toutes ses conversations étaient basées en dessous de la ceinture. Il plaisantait d’une drôle de façon avec ma sœur. Elle n’avait que quatorze ans et elle adorait plaire, sans pour autant aguicher. Quand elle achetait des vêtements, elle aimait bien avoir l’avis de mon beau-père. Alors elle se mettait à défiler devant ses yeux, et c’était son regard, à lui, qui ne me plaisait pas du tout. Il regardait ma sœur comme il aurait regardé une femme mûre. Cela me choquait, je me demandais ce qui pouvait bien lui traverser l’esprit. Il lui arrivait d’avoir les mains baladeuses quand ma sœur chahutait avec lui, et elle ne lui disait rien. Sans doute qu’elle n’y voyait rien de mal. Un jour, il commençait à taquiner ma sœur en promenant ses mains un peu n’importe où, et ma mère est intervenue en lui disant : « Si tu continues comme ça, tu vas finir par dégoûter mes filles des hommes ». Il n’avait pas rétorqué, mais j’étais dans la même pièce au même moment et j’ai dû sortir pour ne pas que ma mère voie mon malaise. J’étais rouge écarlate, car elle avait vu juste : il m’écœurait complètement.

Ce qui était plus inquiétant, c’était sa jalousie envers les amis de ma sœur. Par contre, si j’amenais une copine à la maison, j’avais le droit à ses remarques après qu’elle soit partie. Il me disait ce qu’il pensait, s’il l’avait trouvée mignonne entre autres. J’étais gênée à chaque fois, il me mettait mal à l’aise avec ses commentaires, parfois même devant ma copine directement. Et bien sûr, je n’amenais que des filles ! D’ailleurs, Audrey ne voulait plus venir chez moi lorsqu’il était là à la fin, car il n’arrêtait pas de la draguer.

Je ne savais plus si cela venait de ma propre interprétation de ses comportements ou si vraiment, il n’était pas toujours très clair. Ce sont les remarques de mes amies qui m’ont enlevée le doute sur les interprétations. Il réagissait avec elles comme s’il avait leur âge sauf qu’elles étaient mineures...

 

AËL

 

 

     

Publié dans Coming Out

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