L'Appel du Tambour

Publié le par Aël

L'Appel du Tambour
J’avais du mal à me concentrer sur mon travail, je me sentais partir ailleurs sans vraiment savoir où, quelque chose me perturbait, une sensation de ne pas être totalement présente. En fin de journée, les émotions négatives sont apparues plus fortes, encombrantes, lourdes… Je connaissais cet état émotionnel, mais il n’avait pas lieu d’être à cet instant présent. Alors que j’étais en train de me demander ce que je pourrais bien faire pour me recentrer, le tambour m’appela, se présentant comme un remède possible à mon état d’esprit morose. J’ai pris le tambour sans plus attendre, je ne fais jamais attendre le tambour quand il se présente à moi avec insistance. Je suis allée m’installer sur mon banc de méditation et j’ai commencé à respirer profondément pour me détendre. Ma main droite commença alors à taper tout doucement dans un rythme régulier. J’ai fermé les yeux et je me suis laissée aller à la détente que me procuraient ces battements doux et réguliers. L’envie d’accompagner le son du tambour avec ma voix dans un mantra (OM) se manifesta très vite. Et voilà, j’étais partie au sommet de l’Himalaya… 
 
Pendant une quinzaine de minutes, je suis entrée en moi, dans mon refuge intérieur, bercée par le tambour, sous la vibration du mantra, mon corps se détendait. D’un seul coup, le visage de mon voisin vint s’afficher dans mon esprit, une intrusion spirituelle inattendue, intempestive qui ne voulait plus s’effacer. J’ai continué quelques minutes puis, je constatais que je devais arrêter là cette petite méditation. 

Le temps de ranger le tambour, le banc de méditation et de m’installer devant l’ordinateur pour reprendre mes activités, la sonnette de la porte d’entrée a retenti. Je n’ai pas pour habitude d’avoir de la visite à l’improviste en journée. Je n’aime pas les visites surprises… Parfois, je ne réponds pas. Mais là, je suis allée ouvrir naturellement, sans me poser de question, comme si une partie de moi attendait cette visite finalement. C’est donc sans véritable surprise que j’ai accueilli mon voisin ! L’image qui s’était imposée dans mon esprit prenait réalité devant ma porte d’entrée. Le visage qui était entré par intrusion dans mon refuge intérieur lors de ma méditation, entra dans mon appartement sans que je l’y invite et referma la porte pour ne pas “gaspiller le chauffage” car il faisait très froid.
 

Je vis sa main venir effleurer délicatement ma joue en me demandant si j’allais bien… un geste amical, fraternel, tendre et d’un naturel tellement évident au bout de la troisième entrevue, que j’étais à la fois déroutée par cette relation naissante et en même temps très curieuse de connaître ce qu'elle nous réservait. J’observais la scène en totale pleine conscience, détachée de mes émotions cette fois, le tambour m’a fait du bien. J’étais bien présente et dans l’accueil pour cet homme mystérieux qui avait bien 50 ans et qui me faisait part de ses tracas quant à l’invitation qu’il avait lancée pour moi-même et mon amie car, je lui ai dit que nous ne mangions plus de viande… 
Habituellement nous ne prévenons pas les gens et là, nous avons eu l’élan de lui dire comme si c’était super important que les choses soient claires à ce sujet. Il est de plus en plus difficile de “s’adapter aux autres” quand on décide d’être soi-même à 100%, c’est en tout cas ce que je ressens. Je ne pourrais plus manger quelque chose qui ne me convient pas juste “pour faire plaisir”.

Je ne mange plus de viande, je ne mange plus de laitages, j’évite le gluten et depuis 4 ans je n’ai pas vu de médecin. Enfin si pardon, juste pour mon certificat médical pour la course à pied et le Qi Gong. Mais, terminé les rhinopharyngites, les laryngites, les maux de tête, les rhumes, les narines obstruées ! Je me sens mieux dans mon corps, maintenant je sais ce qui lui convient vraiment. Écouter son corps ne va pas de soi, cela s’apprend et il a tellement de choses à nous dire lui aussi… mais personne ne l’entend même quand il crie très fort à travers son cancer.


Mon voisin a sans doute trouvé un prétexte pour venir me parler, car cette histoire de végétarisme ne l’ennuyait pas plus que cela. Il est perturbé par bien d’autres choses entre sa séparation, sa reconversion professionnelle, son appartement qu’il a pris dans l’urgence et qui ne lui convient pas vraiment, il avait bien d’autres soucis que celui de notre alimentation.  Je l’ai écouté et je ressentais sa fatigue de la vie. Tout recommencer à zéro à 50 ans, ce n’est pas rien ! Il était arrivé devant ma porte la tête basse et lasse, j’ai eu le plaisir de le voir repartir une demie-heure après avec le sourire et la tête haute, prêt pour aller faire ses courses et faire honneur à son invitation. Mon bonheur, c’est de voir les gens heureux. Parfois, il ne suffit pas de grand-chose, juste savoir écouter, accueillir ce qui vient, être en présence et se laisser guider par l’énergie ambiante.

AËL

Publié dans Journal 2017

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