Gay Paris

Publié le par Aël

Gay Paris

Quelques jours après notre week-end sur l’île de Tatihou, Léa m’invita chez elle pour prendre un café un soir. Quand je suis arrivée, Gilles était déjà couché, il était de plus en plus faible et dormait beaucoup. Elle m’a fait entrer dans son salon et nous nous sommes installées pour boire un café et discuter de ce qui s’était passé à Tatihou. Je lui ai annoncé que j’avais quitté Mylène pendant ce week-end. Elle a eu l’air étonnée, car elle ne connaissait pas du tout notre histoire et ne savait pas non plus que notre relation était en train de se terminer depuis plusieurs mois, voire plusieurs années... Quand je lui ai raconté notre parcours, elle a mieux compris mon choix.

 

Ensuite, elle m’a parlé de sa vie de couple avec Gilles, du passé qu’ils avaient en commun et je me suis rendu compte que ce qu’ils laissaient transparaitre ne correspondait pas vraiment à la réalité. Leur relation était compliquée, ils étaient liés par le SIDA et s’étaient promis de rester l’un avec l’autre jusqu’au bout. Gilles a transmis le virus à sa femme sans le savoir puisqu’il ne savait pas lui même qu’il était séropositif. Il a été contaminé lors d’un acte médical. La médecine pouvait soigner et guérir, mais elle pouvait aussi tuer... comme l’amour.

 

Léa est allée chercher un album dans lequel se trouvaient des photos depuis leur mariage. L’heure passait à une vitesse déconcertante, je ne me rendais pas compte du temps. Pendant que nous regardions les photos, assises l’une à côté de l’autre dans le canapé, Léa s’est rapprochée pour se coller contre moi. J’ai relevé la tête de l’album pour la regarder, un peu surprise par tant de proximité. Dans ses yeux, j'ai vu la tendresse puis doucement, elle s’est rapprochée de mon visage pour venir m’embrasser. Sa main droite commença à caresser mon corps lentement et descendit jusqu’à mon entrejambe, j’étais envahie de frissons. Depuis bien longtemps je ne ressentais plus cette sensation de plaisir. D’un seul coup elle s’arrêta dans son élan et me regarda droit dans les yeux.

— Ce n’est pas la première fois... dis-je époustouflée par son emportement.

— Ah si, pourquoi ? répondit-elle en riant.

— Bah dis donc.... je n’en reviens pas...

— Moi non plus ! dit-elle en éclatant de rire.

 

J’ai eu bien du mal à me décider à rentrer, mais nous ne sommes pas allées plus loin, Gilles dormait dans la pièce d’à côté.

 

Les mois qui ont suivi cet égarement ont été éprouvants. Léa était terrorisée par ce qu’elle ressentait pour moi et j’étais de plus en plus attachée à elle. Elle avait décidé de mettre de la distance entre nous, elle ne se sentait pas la force d'assumer une histoire avec une femme. Elle n’était pas disponible pour qui ce soit d’autre que Gilles qui était en train de sombrer du point de vue de sa santé. Il faisait des crises d’épilepsie de plus en plus fréquemment. Léa s’occupait de lui et elle hébergeait aussi son père qui était revenu du nord. C’était un soutien pour elle, mais elle n’avait plus de temps pour penser à elle. Le présent primait avant tout et il n’était pas question de faire des projets.

 

Je souffrais de voir que cette histoire était un leurre, un pansement pour deux femmes blessées. Je ne devais rien en attendre, je le savais et je comprenais Léa, mais mes sentiments étaient plus forts que la raison. Quelque chose me poussait encore à croire à une autre issue.

 

C’est pendant cette période de retrait que j’ai rencontré Mélina. J’avais été invitée à me changer les idées sur Paris par une amie de lycée qui avait un studio dans le 18e. Elle fêtait son anniversaire ce week-end-là. Mélina vivait chez cette amie en colocation temporaire, le temps de retrouver du travail et de pouvoir louer un appartement. Elle fut aussi la première femme homosexuelle que je rencontrais. Nous avons sympathisé pendant cette soirée et nous avons eu envie de nous revoir. Quelque chose m’attirait chez cette femme mystérieuse. Les cheveux coupés à la garçonne, elle me montrait des photos d'elle avec les cheveux longs, lui donnant des airs de Stéphanie de Monaco. Elle m'a même offert cette photo... Je ressentais en fait deux personnes en une, c'était une étrange sensation. L'une des facettes m'attirait alors que l'autre m'était insupportable. Je l’ai suivie pendant plusieurs week-ends dans la vie nocturne parisienne, les boites de nuit, les restaurants, les bars, le Marais, la gay pride, tout le milieu gay que je ne connaissais pas du tout. Je découvrais et ressentais une liberté immense à pouvoir vivre sans complexe et sans tabou telle que j’étais au fond de moi. J’étais fascinée par la vie nocturne, je vivais en décalage. La nuit présentait un côté magique, clandestin, et libertin que j’appréciais énormément.

 

J’ai aussi découvert une autre sexualité avec Mélina, même si j’avais gardé certains réflexes de protection par rapport au VIH, Mélina a su me faire oublier ces automatismes dans nos rapports intimes. Elle représentait la liberté dans tout ce que je vivais avec elle, et grâce à cette sensation de liberté, je pouvais m’épanouir complètement en étant tout simplement moi-même. Je devenais une femme libre. Elle m’apportait une renaissance, je ressentais à nouveau la vie battre en moi. Notre complicité nous incitait à vivre tout ce qui nous passait par la tête. Je découvrais qui j’étais et ce que mon corps me cachait dans ses capacités à vibrer le plaisir. Ma sexualité s’épanouissait de manière naturelle, sans retenue, sans tabou, sans peur... même si parfois le spectre du virus s’incrustait encore dans mes ébats. Je ne pouvais pas oublier totalement, j’étais tellement conditionnée à "faire attention" que les rapports sexuels étaient souvent associés à cette alerte rouge "attention danger".

AËL

Publié dans Coming Out

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