La cure de désintoxification,une lueur d'espoir

Publié le par Aël

La cure de désintoxification,une lueur d'espoir

Mylène est partie sur Paris quelques jours pour le tournage du film. Je ne voulais rien savoir de ce film, je ne posais plus de question sur ses activités quand elle n’était pas avec moi. J’avais bien compris que si je ne posais pas de question, elle ne me dirait rien pour me protéger. Je ne savais pas ménager ma sensibilité, je vivais des situations et des événements au-delà de ce que je pouvais supporter, mais je ne m’en rendais pas compte. J’étais entrée dans une vie qui n’était pas la mienne et qui ne me correspondait pas. Qu’est ce que je faisais là ? Pourquoi cette rencontre en total décalage avec qui j’étais ? Pourquoi un tel attachement m’empêchait de tout laisser tomber ? Je savais que je n’étais pas au bout de mes peines, mais j’étais loin de m’imaginer l’ampleur du cauchemar qui m’attendait dans cette relation. Mylène dégageait tellement d’amour pour moi, je n’arrivais pas à comprendre comment elle pouvait m’aimer alors qu’elle était anesthésiée par la drogue, qu’elle vivait un enfer, que je n’étais pas de son monde. Et comment moi je pouvais l’aimer au-delà de tout ce que j’endurais au niveau émotionnel. Il existait un certain équilibre entre l’enfer et le paradis, entre l’amour et la haine. J’étais sans arrêt ballotée de l’un à l’autre. La demi-mesure n’existait pas. Mylène était excessive dans tout ce qu’elle entreprenait, elle n’avait aucune limite, elle flirtait autant avec la mort qu’avec l’amour. Elle me fascinait et savait comment me parler pour me défaire de mes doutes, je lâchais prise et finissais par accepter tout ce qu’elle disait, tout ce qu’elle faisait, la lutte était inutile et peine perdue. Quelque chose nous liait au-delà de nos sentiments, je ne savais pas expliquer ce qui se passait entre nous. Comment deux êtres aussi opposés peuvent-ils s’aimer d’une telle intensité ? Étions-nous finalement si différentes ? Une part de Mylène résonnait forcément en moi.

 

De retour du tournage, nous nous sommes retrouvées juste pour qu’elle m’annonce que sa décision était prise et qu’elle devait aller chez son ami pour une désintoxication pendant 8 jours. Elle a tenu son engagement et pendant 8 jours je n’ai pas su où, ni avec qui elle était, ce qu’elle faisait de ses journées, je ne savais rien.

De mon côté l’attente m’a semblé durer une éternité. J’ai passé une semaine à lui écrire sans envoyer les lettres puisque je n’avais pas d’adresse. Nous nous écrivions énormément, du coup je n’écrivais plus pour moi. Même si nous nous voyions tous les jours, j’écrivais tous les soirs et elle aussi. Nous étions devenues boulimiques du papier et du stylo, je n’ai jamais autant écrit, surtout à une personne en particulier ! Habituellement j’écrivais dans mon journal, elle était devenue mon journal. Écrire soulageait la souffrance. Je ressentais tout l’amour qu’elle avait pour moi aussi à travers ses mots, ses lettres d’amour, ses cartes de poésie, elle remplissait mon cœur meurtri, d’une chaleur incommensurable. Elle maintenait cet équilibre indispensable à la survie de notre relation.

 

Comme pour compenser les blessures de la drogue et de la prostitution elle démultipliait les marques d’amour dans tous les domaines, que ce soit dans les paroles, dans les écrits, dans les gestes, dans le regard, dans tout son corps... nous avions une véritable connexion de corps et d’esprit c’est sans doute cela qui nous liait. J’étais un peu comme le phare au milieu de la tempête, celle qui la ramenait de temps en temps à la vie « normale », par intermittence, par le biais de l’amour. C’était tout ce que je pouvais faire pour elle, lui donner mon amour... et c’était aussi tout ce qu’elle pouvait me donner en retour. Il n’était pas question de faire des projets de vie ensemble, c’était clairement impossible. C’était comme si notre relation ne pouvait pas exister dans la vie matérielle. Je me rendais malheureuse quand je commençais à me projeter dans l’avenir et que je m’apercevais que le simple fait d’imaginer prendre un studio ensemble briserait notre histoire. Nous n’étions pas faites pour vivre ensemble dans la matérialité, juste dans l’amour, rien d’autre. J’étais là pour l’accompagner vers elle-même, vers son amour intérieur en lui renvoyant cet amour qu’elle avait pour moi et pas pour elle. La matérialité n’a rien à voir là-dedans, elle nous aurait déconnectées de notre objectif d’âme. Elle était là pour m’ouvrir à l’ombre qui existait aussi en moi et que je ne reconnaissais pas. La lumière n’existe pas sans l’ombre et vice-versa. Nous portons les deux en nous, mais nous ne reconnaissons pas toutes ces parts de nous même. Nous avons besoin des autres en miroir pour nous reconnaitre.

Elle me faisait voyager dans d’autres sphères, j’avais la sensation d’être déconnectée de notre monde basique. Quand j’étais avec elle, j’étais dans un autre espace-temps, un autre espace de vie, je quittais momentanément ma vie pour voyager dans la sienne comme quelqu’un qui prend l’avion pour changer de pays, moi je prenais la fusée pour changer de planète. J’en revenais à chaque fois transformée. La vie « normale » n’avait plus sa place, les relations avec mes amis se sont espacées, j’étais ailleurs... je n’avais pas besoin de me droguer pour me déconnecter et vivre autre chose, l’intensité des émotions suffisait à elles seules pour me transporter. Elle était ma drogue. J’étais en surstimulation émotionnelle en permanence.

AËL

Publié dans Coming Out

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Evy 24/06/2017 16:27

Bien triste courage je t'admire bon weekend bisous

Aël 24/06/2017 16:49

C'est une histoire passée Evy... Bon week-end à toi aussi. Bisous