Le bouton de la colère réactivé par l'éducation nationale !

Publié le par Aël

Le bouton de la colère réactivé par l'éducation nationale !

Mylène m’a contacté dès que sa cure a été terminée. J’appréhendais un peu nos retrouvailles, est-ce que la femme que j’avais quittée allait être si différente de celle que j’allais retrouver ?

Elle était différente forcément... mais pas en grande forme psychologique. Le sevrage physique était une chose, moralement c’était une tout autre histoire. La cocaïne avait été remplacée par les antidépresseurs. Mylène était rentrée chez ses parents, elle a repris les cours, mais l’année scolaire était un échec total. Elle devait quitter le lycée et être réorientée l’année suivante sur un autre établissement.

 

Juste avant la fin de l’année, ma sœur et Mylène se sont fait prendre par un professeur en train de s’envoyer des petits mots en classe à défaut de pouvoir discuter. Sur ces messages, il était explicite que j’avais une relation "particulière" avec Mylène. Le professeur a lu les petits papiers, il a immédiatement envoyé ma sœur et Mylène chez le proviseur. Le proviseur a téléphoné à ma mère sur son lieu de travail en lui demandant de venir au lycée tout de suite. Ma mère a été convoquée dans la foulée, mais bien que je sois aussi concernée, personne ne m’a demandé de me déplacer dans le bureau du proviseur. Ceci dit, ils ont bien fait, je crois que j’aurais signé un renvoi définitif pour retournement de bureau aggravé ! J’étais donc en cours sans savoir ce qui se passait pour Mylène , ma sœur et ma mère.

 

L’objet du délit n’était pas l’indiscipline de ma sœur et Mylène qui préféraient s’écrire plutôt que de suivre le cours, non, c’était le contenu des messages qui indiquaient clairement que j’étais homosexuelle et que j’avais une histoire avec une lycéenne de l’établissement. Ce soir-là, je suis rentrée chez moi sans revoir Mylène et ma sœur, car nous n’avions pas les mêmes horaires, j’étais rentrée avant ma sœur. En arrivant chez moi ma mère était déjà là et connaissant ses horaires, ce n’était pas normal. L’ambiance était glaciale, je sentais bien qu’il s’était passé quelque chose, mais comme à son habitude, ma mère était muette.

— Qu’est-ce qui se passe ? lui demandai-je.

— Rien pourquoi ? me répondit-elle sèchement.

— Pourquoi tu es déjà rentrée ?

— Tu demanderas à ta sœur !

— Qu’est ce qu’elle a fait ?

— Le proviseur m’a appelée au travail cet après-midi, elle était dans le bureau avec Mylène...

— Mylène ?

— Oui... Mylène... Tu lui demanderas ce qu’elles ont fait, elle t’expliquera mieux que moi !

 

Je ne me sentais pas très bien d’un seul coup, car je sentais que j’étais concernée par l’histoire sans même savoir pourquoi... Je suis allée attendre ma sœur dans ma chambre, la peur au ventre. Dès qu’elle est rentrée, je l’ai attrapée dans le couloir de ma chambre avant qu’elle s’échappe dans la sienne :

— Qu’est-ce qui s’est passé cet après-midi ?

— On a déconné avec Mylène en s’envoyant des petits mots et le prof nous a vu... il a pris les mots, les a lu et nous a envoyées chez le proviseur.

— C’était quoi ces mots ?

— On parlait de vous deux...

— Quoi ? Maman sait ?

— Bah oui, ils lui ont dit et ils lui ont fait remarqué qu’elle devrait mieux surveiller ses filles parce que t’es homo et ça dérange...

— Mais merde !!! Qu’est ce que ça peut leur foutre ?? Ils débattent sur mon dos sans me convoquer ? Pourquoi ils ne m’ont pas appelée MOI ? Je suis concernée et ils ne m’appellent pas ? C’est facile de parler sur le dos des gens, punaise je lui aurais retournée son bureau à ce proviseur de m.....

— Arrête de t’énerver comme ça, c’est pas la fin du monde !

 

J’étais rentrée dans une colère noire, mes mains tremblaient de haine, mon cœur tambourinait dans ma poitrine, j’avais la rage en moi. Ils ont bien fait de ne pas m’appeler, mais j’aurais tellement eu envie de crier ma colère en face... je me sentais une nouvelle fois rejetée, trahie par des mots écrits et ce n’était pas les miens cette fois, mais cela réveillait en moi cette colère étouffée quelques années auparavant. Le bouton de la haine avait été enclenché. De quel droit se mêlait-il de ma vie ? De quel droit insinuait-il que ma mère était négligente parce que j’étais homo, comme si c’était de sa faute ? Est-ce mon homosexualité qui dérangeait vraiment ou le fait que je fréquentais une toxicomane ?

— Les parents de Mylène étaient là aussi ? demandai-je.

— Sa mère oui...

— Et qu’est-ce qui va se passer maintenant ?

— Pas grand-chose... on est renvoyé 3 jours...

— Rien que ça !

— Je vais aller parler à maman ...

Je suis allée retrouver ma mère qui était dans la salle à manger en train de ranger des papiers.

— Bon bah... je suis désolée, dis-je embarrassée, si on m’avait laissé le temps, je te l’aurais dit moi-même pour Mylène, mais bon... voilà... j’aurais préféré que tu le saches dans d’autres circonstances...

— Le principal, c’est que tu sois heureuse... me dit-elle blasée.

 

Interloquée par sa réponse je ne savais pas trop quoi dire, ni ce qu’elle en pensait vraiment. Je me suis contentée de cette réponse, mais je sentais les interrogations qu’il y avait derrière. J’ai pris la décision d’aller faire le test de dépistage du SIDA pour la rassurer sur ma santé. Nous ne savions pas grand-chose sur ce fichu virus et les modes de transmission entre femmes. Les homosexuels et les toxicomanes étaient les personnes les plus touchées, mais entre femmes les rapports étaient différents. Je n’avais pas peur et le test est revenu négatif. Je l’ai laissé en évidence pour que ma mère le voie et je lui ai écrit un petit mot pour lui dire que je faisais attention à moi et qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. Je n’arrivais pas à lui parler directement. Elle me rendait muette par son mutisme.

 

Je suis passée en terminal, je devais absolument décrocher mon BAC pour m’en débarrasser. J’ai commencé à passer les concours d’éducateurs spécialisés en cours d’année pour préparer ma sortie du lycée. Je m’étais aussi inscrite au concours d’infirmière en psychiatrie, ma mère m’avait donné des livres pour que je puisse le préparer au mieux. Et dans le cas où ces concours n’aboutissaient pas à un résultat positif, j’avais préparé un dossier d’entrée à l’université en psychologie.

 

Je voyais donc Mylène beaucoup moins souvent puisque nos établissements n’étaient pas l’un près de l’autre. Nous nous écrivions d’autant plus, des lettres quotidiennes de 4,5,6 pages... Je ne pouvais plus m’empêcher d’écrire et elle non plus. Elle semblait s’être stabilisée dans sa vie même si elle était toujours sous traitement antidépresseur. Elle était aussi suivie psychologiquement et j’étais soulagée de pouvoir respirer un peu et de voir s’éloigner de nous le milieu lugubre de la drogue et de la prostitution. Elle avait fait de nouvelles rencontres dans son lycée spécialisé pour les gens en échec scolaire. Une section couture et une section coiffure ont ouvert de nouveaux horizons sur le look de Mylène. Elle avait abandonné le jean's passe-partout pour des tenues beaucoup plus originales, extravagantes, voire gothiques... Elle avait gardé ses cheveux noir corbeau crêpés, son maquillage était moins prononcé, mais toujours aussi artistique. Elle avait un certain talent pour la musique et elle décida de recontacter son groupe de musiciens qu’elle avait laissé tomber depuis qu’elle se droguait pour reprendre le synthétiseur. Je découvrais une nouvelle femme au fur et à mesure des mois qui passaient.

 

J’ai obtenu mon BAC à 21 ans avec tout juste la moyenne ! Je pense qu’ils me l’ont donné pour me récompenser du courage que j’ai eu de ne pas abandonner les études beaucoup plus tôt... J’étais bien avancée avec ce BAC, des concours ratés, et une envie de partir dans l’aide humanitaire avortée par des phrases comme "Mais Mademoiselle, vous n’avez aucune expérience dans le domaine humanitaire, comment voulez-vous postuler au bénévolat?" Quelle question ! Je ne savais pas qu’il fallait être qualifiée pour aider les gens et je pensais que mon expérience personnelle allait suffire... visiblement je n’avais pas encore fait mes preuves. Je n’avais plus qu’à entrer sur les bancs de l’université.

 

J’étais heureuse d’étudier la psychologie humaine, plus particulièrement la psychologie de l’enfant, la psychologie clinique, la psychologie génétique et la sociologie. J’étais beaucoup moins enchantée par les statistiques, l’anglais, la psychologie expérimentale et la psychologie du travail. Mon emploi du temps et celui de Mylène ne s’accordaient pas pour nous permettre de nous voir en semaine, nous nous retrouvions les week-ends. J’avais fait connaissance avec certains de ses nouveaux amis.

AËL

Publié dans Coming Out

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