Mylène : 17 ans, droguée, prostituée...

Publié le par Aël

Mylène : 17 ans, droguée, prostituée...

Je passais mon BAC de français à la fin de l’année, il était temps de réfléchir à la suite des études, je ne savais pas où m’orienter, continuer ou arrêter les études ? Passer des concours ? Chercher du travail ? Partir avec une association humanitaire ? Pour ma mère il était hors de question que je n’obtienne pas le BAC... Pour moi ce n’était qu’une formalité qu’on me demandait, je savais que ce n’était pas ce qui allait être déterminant pour mon avenir, mais je ne savais pas pourquoi. Je ressentais les choses d’une certaine façon sans pouvoir les expliquer, c’était assez fréquent.

En attendant, il fallait parer à l’angoisse de l’avenir pour ma mère.... J’avais envie d’aider les autres, les jeunes en difficulté en particulier. Je préparais un BAC commercial alors que j’aurais voulu travailler dans le social. Le dossier que j’avais envoyé dans un autre lycée pour faire un cursus adapté dans ce milieu avait été refusé à cause de mon niveau insuffisant. Le commerce ne m’attirait pas du tout, je ne voyais pas ce que j’allais faire de ce BAC, je ne l’avais pas choisi, j’avais été orientée en fonction de mes résultats scolaires. J’ai commencé à me renseigner sur les concours d’éducateur et moniteur spécialisés. Ma mère me parlait du concours d’infirmière en psychiatrie, pourquoi pas suivre ses traces ? Tout ce que je savais c’est que je souhaitais aider les gens différents, peu importe la différence, le but était d’aider les autres à s’accepter eux-mêmes tels qu’ils étaient et d’ouvrir les esprits de ceux qui les rejetaient. Une différence fait toujours peur et cette peur provoque le rejet. Lorsqu’on lance un défi à la vie, elle vous répond très vite...

Ma sœur était dans le même lycée que moi cette année-là, dans une section de BEP. Un matin pendant l’intercours elle est venue me trouver pour me parler d’une de ses camarades de classe : Mylène. Elle savait que je voulais aider les délinquants, et visiblement, elle m’a trouvé quelqu’un pour vérifier si c’était bien ce que je voulais faire.

— Mary j’ai besoin de toi pour une copine... me dit-elle.
— Ah bon ? pour quoi faire ?
— Tu veux toujours être éducatrice ?
— Oui, j’y réfléchis sérieusement pourquoi ?
— J’ai quelqu’un qui a besoin de toi dans ma classe ! J’aimerais que tu la rencontres pour l’aider... elle s’appelle Mylène.
— C’est quoi le problème ?
— Elle se drogue et se prostitue depuis 2 ans et elle voudrait arrêter, mais ne sait pas comment faire...
— Elle se drogue ?! Qu’est ce qu’elle prend ?
— De la cocaïne... c’est pour ça qu’elle se prostitue, pour payer sa dose.
— Cocaïne ! ... Et qu’est ce que tu veux que je fasse ? Je ne suis pas formée pour ça moi ! dis-je interloquée par l’ampleur du problème que ma sœur voulait me remettre entre les mains. — Tu n’as pas besoin de formation pour la rencontrer et lui parler... elle cherche un hébergement parce que ça ne va pas avec sa famille.
— Elle a quel âge ?
— 17 ans.
— Je me doute que ça ne va pas avec sa famille si elle en est arrivée là... mais franchement, je ne vois pas ce que je peux faire pour elle...
— Lui parler ! Juste lui parler ! Accepte au moins de la voir une fois, tu verras bien si tu ne peux vraiment rien faire... elle a besoin d’aide, je ne peux pas la laisser comme ça ! En plus elle doit de l’argent à son dealer en ce moment, elle se planque...
— Ok, je veux bien la voir, mais je ne te promets rien... il y a des gens compétents et spécialisés pour s’occuper des toxicomanes.
— Dans ce cas, tu peux peut-être l’aider à rencontrer un éducateur...
— C’est possible oui... Tu vois avec elle si elle a envie de me parler, je suis d’accord pour l’aider.... selon mes possibilités... on verra..
— Si elle est d’accord, je te la présente ce midi après les cours, on se retrouve ici, après tu verras avec elle pour un RV en extérieur.
— Ok à tout à l’heure.

J’ai passé les deux dernières de cours de la matinée à ne penser qu’à Mylène. Ma sœur était sûre que je pouvais intervenir, je ne voyais pas trop ce que j’allais pouvoir lui apporter. J’ai dit que je voulais être éducatrice, mais je ne l’étais pas encore.

Comme prévu, je suis allée rejoindre ma sœur après les cours. J’étais la première arrivée sur le lieu de rendez-vous. Au loin j’ai reconnu la silhouette de ma sœur accompagnée d’une jeune femme habillée tout en jean's, avec un maquillage artistique autour des yeux, comme la chanteuse Kiméra. Elle avait les cheveux courts, noir corbeau crêpés et redressés sur la tête. Sa démarche était élégante, élancée, elle dégageait une énergie particulière, une présence malgré un regard fuyant lorsqu’elle se rapprocha de moi pour me dire bonjour:

— Salut ! me dit-elle en souriant

— Je te présente Mary, dit ma sœur à Mylène.

— Salut... répondis-je.

— Bon, bah moi je vous laisse toutes les deux, et Mylène on se retrouve tout à l’heure en cours... continua ma sœur.

Cette jeune femme ne ressemblait pas du tout au tableau que je m’étais fait de la personne droguée et prostituée. En dehors de sa coiffure et son maquillage extravagant qui masquait son regard, elle semblait tout à fait classique. Je remarquais ses mains qui tremblaient, elle devenait nerveuse et enclencha la conversation :

— Alors c’est toi la "frangine" me dit-elle, j’ai beaucoup entendu parler de toi !

— Ah bon ?

— Oui, ta sœur ne me lâche plus depuis quelques jours, elle voulait absolument que je te rencontre, tu es quelqu’un d’exceptionnel apparemment .... dit-elle sur un ton moqueur.

— Heu... je ne sais pas ce qu’elle t’a raconté, mais je ne dirai pas ça... elle m’a dit que tu avais besoin d’aide alors si je peux faire quelque chose...

— Personne ne peut rien faire pour moi ! Je suis dans la merde... Elle s’imagine que c’est facile, qu’il suffit de parler et hop ! les problèmes s’envolent ! Elle ne sait pas qui je suis, elle ne sait pas ce que je fais le soir après les cours, la nuit, elle ne sait rien de ma vie et elle veut m’aider, je ne comprends pas pourquoi elle s’intéresse à moi comme ça, elle perd son temps et toi aussi ! D’ailleurs je ne vais pas pouvoir rester là longtemps, il faut que j’aille aux toilettes.... dit-elle sur un ton nerveux, les mains tremblant de plus en plus, si tu as quelque chose à me dire c’est maintenant...

 

Sa nervosité me mettait mal à l’aise, je ressentais son mal-être, c’était le manque. Elle avait chaud, elle enleva son foulard, je sentais la pression.

— Écoute, je ne vais pas te retenir plus longtemps, on peut peut-être se revoir à un autre moment, à l’extérieur du lycée... même si tu penses que je ne peux rien faire pour toi, si tu as envie de faire connaissance simplement... répondis-je.

— OK à plus, j’y vais ...

 

Mylène est partie aussitôt en direction des toilettes, je suis restée à la regarder s’éloigner. J’étais perplexe sur la suite des événements, Mylène avait autre chose à faire que de parler, c’était certain, nous ne vivions pas dans le même monde, ma sœur ne se rendait pas compte de ce qu’elle me demandait. On ne peut rien faire pour les autres s’ils n’ont pas décidé eux-mêmes de s’en sortir.

AËL

 

Publié dans Coming Out

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