Questions existentielles

Publié le par Aël

Questions existentielles

J’avais 24 ans, il était temps que je m’occupe de mon avenir même si je me sentais déconnectée de la vie dans laquelle je vivais. La perspective de l’avenir ne m’incitait pas à construire quoi que ce soit tant au niveau sentimental que professionnel. On nous rabâchait que les études protégeaient du chômage, or, je n’étais pas faite pour passer ma vie sur les bancs de la FAC. Le cumul des échecs m’avait dégouté des études. J’apprenais en dehors des amphithéâtres, je passais énormément de temps dans les bibliothèques pour faire des recherches sur la VIE, sur le fonctionnement de l’être humain, sur sa psychologie, j’étais passionnée par l’être humain. Je visitais toutes les bibliothèques de Rouen, c’était le seul endroit où je me sentais bien avec moi-même.

Les livres étaient devenus mes amis, tous les livres, les récents comme les anciens. Dès que j’avais un sujet de recherche, je déambulais dans les rayons des bibliothèques pour trouver un maximum d’informations, pour croiser les auteurs, les articles, pour me faire ensuite ma propre idée du sujet. Les études ne m’ont pas apporté de diplômes en dehors du BAC, mais elles m’ont ouvert les portes de la grande bibliothèque de la vie. Je trouvais toutes les réponses à mes questions dans les livres que je prenais souvent au hasard dans les rayons.  Parfois, quand je prenais un livre en main, ce qu’il contenait m’arrivait directement dans la tête. Je savais d’avance ce que j’y trouverai comme information principale, cela se résumait souvent en une phrase maximum deux, quelques mots clés pour répondre à ce dont j’avais besoin. J’aimais l’ambiance apaisante de ces lieux, le silence et les connaissances qu’ils renfermaient. J’aurais aimé pouvoir tout lire... sur l’être humain. J’avais la sensation d’être observatrice du monde qui m’entourait et de ne pas être dans le monde. Je n’arrivais pas à me projeter dans une vie ordinaire : métro-boulot-dodo... quel était l’intérêt de fonctionner comme un robot et de tous se ressembler ? Étions-nous vraiment là pour ça ? Je n’étais pas motivée par ce schéma, je n’arrivais pas rentrer dedans, car il me semblait tellement vide, vide de sens. J’avais besoin d’émotions fortes pour me sentir vivante, j’avais envie d’autre chose, mais je ne savais pas quoi... J’ai commencé à me poser beaucoup de questions sur ma raison d’être sur Terre, sur l’objectif de ma vie, sur le pourquoi d’une telle envie d’aider les autres alors que je me perdais en eux ? J’avais l’impression de venir d’une autre planète, je sentais que nous n’étions pas seuls et j’ai commencé à m'intéresser à l’existence des extraterrestres. Ce n’était pas une interrogation, mais une certitude intérieure, les extraterrestres existaient et un jour nous en aurions la preuve. J’ai juste recherché dans les livres, confirmation de ce que je ressentais au fond de moi.

Je  n’arrivais pas à rentrer dans le moule du système, mais il fallait bien que je gagne ma vie... parce qu’il fallait "gagner sa vie"... pour se sentir vivant, il fallait donc entrer dans une compétition pour gagner le droit de vivre ? Une compétition au diplôme, une compétition au travail, une compétition au salaire, une compétition à la retraite... Il me manquait une chose importante : je n’avais pas l’esprit de compétition pour ces activités-là, je n’avais pas l’esprit de compétition pour gagner ma vie, car je n’en avais pas besoin, la vie faisait déjà partie de moi, elle était au fond de mon coeur, la vie...

La vie ne se gagne pas, elle ne s’achète pas, elle ne se combat pas, elle EST. Les non-sens que je rencontrais m’empêchaient de vivre pleinement, comme si j’allais contre ma nature. Étais-je normale au final ? Qu’est-ce qui clochait chez moi ? Qu’est-ce qui faisait que je voyais ou comprenais des choses que les autres ne voyaient pas et ne comprenaient pas ? Pourquoi n’avais-je pas la même vision de la vie que tout le monde ? Là ou certains voyaient le mal, je trouvais du  positif, là ou d’autres rejetaient telle catégorie de personnes parce qu’elles étaient homo, parce qu’elles étaient noires, parce qu’elles étaient handicapées, parce qu’elles étaient folles, parce qu’elles étaient toxicomanes, parce qu’elles avaient les cheveux rouge... je ne voyais que des êtres humains... bien souvent en souffrance face à tous ces rejets... Lorsque quelqu'un rejetait une autre personne, je me sentais rejetée comme si j'étais cette personne, comme si j'étais toutes ces personnes en même temps. Je ressentais la souffrance du rejet. Etait-ce parce que j'avais moi-même été victime ? Je ressentais maintenant le rejet de la planète entière...

L’été se profilait et je voulais travailler pour être autonome. Mon oncle me trouva un job dans une chaine de restauration rapide, un mi-temps. Je suis entrée dans ce restaurant en juin 1994. Après l’été le directeur du restaurant me proposa de rester en contrat indéterminé en parallèle avec la FAC. J’ai accepté la proposition. En novembre, j’ai réussi à convaincre Mylène de me rejoindre à l’association Aides, j’avais fait la rencontre de gens très sympathiques, aussi bien du côté des bénévoles que des utilisateurs. J’ai commencé à sortir du monde dans lequel nous nous étions enfermées. J’ouvrais les yeux sur d’autres personnes, d’autres activités.

AËL

 

 

Publié dans Coming Out

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