En conscience

Publié le par Aël

En conscience

Le lendemain de ce week-end particulier, Léa m’a téléphoné pour m’annoncer que Gilles venait d’être hospitalisé. Nous savions que le jour où cela arriverait, ce serait un aller sans retour. Il était trop affaibli, ses jambes ne le portaient plus, il dormait toute la journée. Léa n’avait plus la force de relever ce grand gaillard d’ 1m98 après chaque chute, et cela devenait dangereux de le maintenir à domicile. Ses crises d’épilepsie se multipliaient, il s’épuisait.

 

Gilles était au service des soins palliatifs de Rouen. Léa s'y rendait tous les jours.  De temps en temps, je l’accompagnais quand nos horaires s’accordaient. Léa se fatiguait de plus en plus, elle avait des journées de ministre. Les tensions étaient présentes, je restais en retrait quand je le pouvais, mais je n’arrivais pas toujours à avoir le recul nécessaire entre mes sentiments, mes émotions et la gravité de la situation.

 

Un mois après, Miléna m’a recontactée pour avoir des nouvelles et savoir comment se passait ma relation avec Léa. Elle était persuadée que cela ne durerait pas et s’accrochait toujours à un espoir qui de toute façon était vain. Elle espérait que ce soit juste une histoire d’ aventure, un désir à assouvir en quelque sorte. Ce qui me liait à Léa était bien au-dessus de tout ce qu’elle pouvait imaginer. Miléna s’entêtait à croire que nous étions faîtes l’une pour l’autre, elle ne voulait pas en démordre. Au fond de moi, je savais qu’elle aussi, faisait fausse route, mais, elle n’en avait pas conscience, contrairement à moi par rapport à Léa. Je savais que ma place était auprès de Léa à ce moment-là même si je n’arrivais pas à comprendre le pourquoi, car, si nous ne pouvions pas faire de projet ensemble, quelle était la raison de cet attachement auquel nous ne pouvions échapper, ni l’une, ni l’autre malgré les difficultés de notre relation ? Nous étions conscientes toutes les deux de ce que nous vivions, c’est sans doute ce qui faisait la différence, nous vivions en conscience... Lorsqu’on est conscient de vivre une illusion, celle-ci n’est déjà plus tout à fait une illusion...

 

Je savais très bien que Miléna ne loupait rien avec moi, par contre, j’étais sans doute là pour lui apprendre quelque chose sur elle-même. Je n’ai jamais cru au hasard des rencontres. Nous sommes tous sur le chemin des uns et des autres pour apprendre quelque chose de la vie, quelque chose sur nous-même, sur notre fonctionnement intérieur. Pour certaines personnes, nous serons juste de passage, 1 h, un jour, un mois, un an peu importe, ce sera le temps juste pour chacun quoiqu’il arrive, le temps adéquat pour apprendre la leçon que la vie nous envoie en chair et en os. Que ce soit dans les relations amoureuses ou amicales, le processus est exactement identique. L’autre n’est que le miroir des blessures que nous avons à reconnaitre en nous, à soigner puis à libérer. Nous attirons les gens selon nos vibrations. Miléna souffrait d’une blessure d’abandon profonde, et à ce moment-là, je n’avais pas encore conscience que je portais cette même blessure en moi. Nous la portons tous à des niveaux d’intensité différents, certains sont revenus sur terre pour libérer cette blessure. J’ai découvert 20 ans plus tard que je faisais partie de ces gens qui étaient là pour libérer leur karma.

 

À 25 ans j’avais juste compris qu’on n’entrait pas dans la vie des gens par hasard et que nous avions des choses à apprendre sur nous-mêmes à travers les autres, à travers les émotions qu’ils faisaient exploser en nous. L'écriture renforçait ma conscience. J’étais habituée à l’introspection, cela faisait partie de mon programme intérieur, je n’ai jamais eu peur de mes émotions, je savais instinctivement que c’était en les regardant en face que j’arriverais à m’en libérer et à trouver la paix en moi. L’écriture était mon support de développement personnel à ce niveau-là. Je disais souvent "on trouve ce qu’on cherche" surtout quand la recherche est inconsciente. Aujourd’hui, je dirais plutôt "on trouve ce dont nous notre âme a besoin même si cela ne correspond pas à ce qu’on veut". Entre les besoins de notre âme et notre volonté égotique, la marge est parfois illimitée.

 

Nous influençons nous-mêmes nos rencontres en fonction de notre état d’esprit et de nos vibrations énergétiques. Si nous sommes convaincus que nous ne rencontrons pas les bonnes personnes, il ne faut pas croire que cela est de la faute des autres... Nous sommes responsables de ce qui nous arrive même si nous n’en avons pas conscience. J’ai reconnu très tôt cette responsabilité que je portais dans ce que je vivais avec les autres et je pensais que tout le monde était comme moi en fait. Je ne comprenais pas les réactions des autres vis-à-vis de moi comme celle de Miléna par exemple qui s’accrochait alors que je lui disais très clairement que ce n’était pas possible pour moi de vivre avec elle. J’avais vécu la même chose avec Marc qui s’était accroché coute que coute à un mirage. Lui aussi souffrait d’une profonde blessure d’abandon. Je voyais cela chez les autres, mais finalement, je ne la reconnaissais pas chez moi parce que je ne m’accrochais pas à ces personnes-là justement... Elles étaient pourtant là pour me montrer que je portais la même souffrance en moi.

 

Beaucoup plus tard, la vie a mis sur mon chemin, la personne qui m’a ouvert les yeux sur ce que je portais en mémoire à propos de l’abandon. J’ai fait face à une terrible douleur qui m’a obligée à remonter à la racine de cette blessure. Les racines ne sont pas dans ces vies que nous vivons au présent, elles sont dans d’autres vies, ou d’autres niveaux de conscience comme auraient tendance à le croire les thérapeutes holistiques aujourd’hui. Si on part du principe que le temps n'existe pas, les vies antérieures n’existent plus non plus, on parle alors de vies parallèles. Peu importe les mots qu’on y pose, le principal étant de devenir conscient de nos blessures pour qu’elles ne nous empoisonnent plus la vie au présent à travers toutes ces émotions incontrôlables et débordantes..

Aujourd’hui je peux comprendre ce qu’ont enduré Marc et Miléna à mon égard, mais je n’y étais absolument pour rien, nous avions sans doute une part de karma à régler ensemble. Je les ai quittés dans l’amour même s’ils n’ont pas vécu les choses sous cet angle. Être dans l’amour, c’est être en paix avec soi et avec ceux qui nous entourent. Peut-être que dans une autre vie, ils ont perdu la vie dans notre relation d’une façon ou d’une autre, pas forcément dans une relation de couple. Cela pouvait être une relation amicale, une relation parentale, une relation proche en tout cas... plusieurs possibilités s’offrent à nous pour expliquer ces relations présentes compliquées et destructrices.

AËL

 

 

Publié dans Coming Out

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