Un avant goût de 14 juillet...

Publié le par Aël

Un avant goût de 14 juillet...

Le week-end suivant Milèna est arrivée comme prévu le vendredi soir. Je me sentais plus distante physiquement, je n’étais pas à l’aise du tout. J’ai téléphoné à Léa comme elle me l’avait demandée, mais nous ne nous sommes pas vues. Je devais repartir à Paris quelques jours après pour profiter des vacances et chercher un appartement. Léa avait prévu qu’on pourrait se revoir le 14 juillet puisque je serai revenue avec Miléna et on organiserait une fête à ce moment-là, avec d’autres amis de l’association.

 

Pendant mon séjour sur Paris, je n’étais plus du tout à l’aise dans ma relation avec Miléna, certains gestes me dérangeaient vraiment sans que j’en comprenne la raison, je sentais que nous n’étions pas du tout en connexion... et je découvrais que c’était une réelle nécessité pour moi, d’être en connexion spirituelle et non pas que physique avec ma partenaire. Quelque chose m’échappait, mon corps se fermait, mon cœur aussi. La perspective de quitter mes amis m’angoissait, la vie de couple ne m’attirait pas du tout, je ne pouvais pas consacrer ma vie à une seule personne. Je percevais les choses de cette façon même si on ne se consacre jamais à une seule personne, à moins d’être sous l’emprise d’un manipulateur ou d’une manipulatrice qui nous isolerait du reste du monde sans qu’on ne puisse réagir. C’était un peu comme si on m’avait libérée de prison quelque temps, histoire de me changer les idées et que je devais y retourner. Je ne pouvais pas expliquer ce qui se passait, je n’avais pas les mots et surtout cela aurait semblé complètement déplacé. Je ne me sentais tout simplement pas à ma place et j’étais entrée dans une histoire qui ne faisait pas partie de la réalité. Souvent, quand j’étais dans une situation stressante, mon cerveau m’emmenait dans des films qui m’angoissaient encore plus, je n’arrivais plus à avoir de recul par rapport à la réalité.

 

Pendant que j’avais tout le temps de voyager dans mes délires, Miléna travaillait et n’avait pas de congé. Je la rejoignais le midi pendant sa pause, nous déjeunions ensemble dans le parc Monceau, un très joli parc d’ailleurs. Elle sentait que je n’allais pas bien, je pouvais difficilement montrer le contraire, je ne pouvais même pas faire semblant ! Je ne savais pas comment lui annoncer que je ne viendrai pas vivre à Paris. Je ne pensais qu’à rentrer sur Rouen, j’avais le cafard, je téléphonais à Léa tous les jours. Le fait de l’entendre apaisait mes angoisses et ravivait mon cœur... c’était pourtant clair... je n’avais rien à faire avec Miléna.

 

Un soir je suis allée chercher Miléna à la sortie de son travail et nous avons commencé à discuter de nos projets. Elle m’annonça qu’elle avait déjà donné le préavis de sa chambre de bonne, mais elle me proposa de repousser les recherches de l’appartement sur le mois d’août. Je ne suis restée qu’une semaine sur Paris et Miléna est rentrée avec moi à Rouen pour le week-end. Les crises de jalousie ont commencé quand j’ai proposé des sorties avec Léa pendant le week-end. J’avais passé toute la semaine seule avec Miléna et elle ne supportait pas que j’aie envie de voir mes amis sur le week-end. Là j’ai bien senti qu’elle venait de mettre fin à tout espoir de vie commune, l’emprise était claire pour moi, je la ressentais d’une telle force que je ne pouvais pas l’accepter. La jalousie était bien évidemment accentuée par la distance physique qui s’imposait d’elle-même, sur laquelle je n’avais aucun contrôle. Mon corps se mettait en mode protection. Les contacts physiques m’étaient insupportables.

Miléna est retournée sur Paris seule durant toute la semaine qui suivait, et devait revenir passer le week-end du 14 juillet à la maison sachant qu’une petite fête était déjà prévue avec mes amis. Je lui ai proposé de rester sur Paris si elle n’avait pas envie de venir, mais bien sûr qu’elle viendrait...

 

Ce fameux week-end du 14 juillet, j’ai donc invité Léa à venir dîner à la maison le vendredi soir. Après avoir pris l’apéritif, l’alcool aidant à délier les langues et à détendre l’atmosphère, quelques vérités sont tombée pendant le repas. En toute franchise, Léa a dit clairement à Miléna qu’elle ne lui promettrait jamais qu’il ne se passerait rien entre elle et moi ! Puisque nous étions parties à mettre cartes sur table, j’ai annoncé à Miléna que je ne pouvais pas quitter Léa et que je ne me voyais pas vivre à Paris. Elle en a donc déduit qu’il n’était pas question d’une simple amitié entre nous. Heureusement, nous n’étions que toutes les trois ce soir-là, mais je ne voulais pas trahir Miléna, je voulais que les choses soient claires, Léa m’a aidé à dire la vérité. Mieux vaut une vérité qui fait mal plutôt qu’un mensonge qui réjouit.

 

Pour détendre l’atmosphère, Léa proposa qu’on aille faire un tour chez Mylène et Valérie, sauf qu’il était déjà une heure du matin et que nous avions beaucoup trop bu pour conduire. Je n’avais qu’une envie c’était d’aller me coucher. Elle insista et décida de prendre sa voiture. Nous sommes donc parties toutes les trois pour aller sonner chez les filles à cette heure tardive. Entre notre départ et notre retour, il s’est passé quatre heures sachant qu’elles habitaient à 15 minutes de chez moi. Pour moi, ce fut quatre heures de trou noir... je ne comprenais même pas ce qu’on faisait là-bas, quel était le but de la sortie nocturne ? Je ne me souviens que du seul moment où Valérie a voulu éclaircir la situation et comprendre où était le malaise entre nous trois. Elle m’a fait asseoir sur le canapé et m’a demandé de l’écouter attentivement et de répondre à ses questions.

— Mary, je sais bien que tu as trop bu ce soir ma grande, mais au lieu de picoler, vous auriez dû venir plus tôt pour qu’on y comprenne quelque chose parce que là je ne comprends pas bien pourquoi vous débarquez à cette heure-là...

— C’est Léa qui a voulu venir, je ne sais pas non plus pourquoi on est là... je suis fatiguée, je voudrais rentrer dormir, dis-je déjà somnolente.

— D’accord, je vois bien que tu es fatiguée, mais dis-moi, si Miléna décidait de venir vivre à Rouen, tu resterais avec elle ?

— Cette possibilité n’était pas envisagée... il est trop tard pour moi... je ne peux plus... et puis je ne peux pas laisser Léa... tu le sais bien toi... tu comprends...

— Hé oui... ça... je le sais... dit-elle en soupirant.

— Maintenant, je voudrais rentrer me coucher, ça ne sert à rien de discuter dans ces conditions, je ne me sens pas bien, je vais vomir... répondis-je en m’assoupissant jusqu’à notre départ où les filles m’ont réveillée pour rentrer à la maison.

 

L’air frais m’avait fait du bien, arrivées devant chez moi Miléna est descendue de voiture tout de suite alors que j’étais restée avec Léa. Il était 5 h 30 du matin, le jour se levait. J’ai dit à Léa que je souhaitais arrêter ce cauchemar très vite et qu’à la place de Miléna j’aurais déjà repris le train en sens inverse. Ce n’était visiblement pas ses intentions. Nous sommes restées dans la voiture encore pendant deux heures à discuter, nous n’avions pas envie de nous quitter. Au moment de dire au revoir à Léa pour enfin aller me coucher, elle a détourné la tête de façon à ce que je rencontre ses lèvres au lieu de sa joue. J’attendais secrètement ce moment depuis 18 mois ! J’avais passé tout ce temps à refouler cette envie en me disant que plus jamais cela ne se reproduirait. Il ne faut jamais dire "jamais" comme disait Léa...

J’ai senti sa main venir discrètement se faufiler dans l’ouverture de ma chemise pour venir caresser ma poitrine. Mon corps se réveillait à nouveau, je ressentais le plaisir m’envahir et l’envie de m’abandonner complètement sous ses mains douces et attentionnées. Il faisait jour, n’importe qui pouvait nous surprendre, les voisins commençaient à partir travailler. Soudain, Miléna est arrivée devant la voiture avec juste un tee-shirt sur le dos, en slip, pour me réclamer des couvertures, car elle était frigorifiée ! Léa enleva doucement sa main qui était sur ma cuisse et nous aussi, nous fûmes très vite refroidies.

Nous avons décidé d’aller nous reposer un peu, il était grand temps, car le soir même, une autre soirée était organisée avec trois amis de l’association. Je ne me sentais pas bien, j’avais des nausées et l’idée d’aller m’allonger près de Miléna était tout simplement impossible. Je suis allée m’allonger sur le lit de mon frère qui était parti en vacances. J’ai dû dormir trois heures.

AËL

 

 

Publié dans Coming Out

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