La page blanche... mon amie

Publié le par Aël

La page blanche... mon amie

L’écriture s’est révélée comme l’antidote au suicide. En déposant les mots, je libérais mon âme de ses maux. Elle a été ma sauveuse et je la remercie.

La page blanche est devenue ma meilleure amie, personne ne pouvait la remplacer. Elle était disponible à n’importe quelle heure, du jour ou de la nuit, toujours prête à m’accueillir sans jamais juger les pensées ou les émotions que j’allais déposer. Elle m’ouvrait ses bras pour soulager ma souffrance et ma tristesse. Je me laissais aller sans limites, sans tabou, sans peur, je vidais mon cœur meurtri par la vie. Elle m’aidait à aller au fond de moi, pour exorciser la douleur. Je descendais de plus en plus profondément dans mon gouffre pour trouver le courage de remonter à la surface avec un nouveau regard, une nouvelle vision, un autre point de vue grâce aux prises de conscience qui apparaissaient en chemin.

La page blanche, parfois je l’envahis tellement qu’elle devient noire... Elle est plus fidèle que moi, car elle est toujours là alors que je l’oublie parfois pendant de longs mois, des années...
La page blanche est le lien qui m’unit à mon âme, si je l’oublie... je m’oublie... si je m’oublie, je meurs à petit feu... cela revient au suicide...

La page blanche est là pour moi, j’y écris ma vie, celle que je choisis, celle que je subis parfois, mais c’est toujours MA VIE, celle que je crée quelquefois consciemment, le plus souvent inconsciemment.
La page blanche qui se noircit est le miroir de ce que je vis et me permet de prendre du recul sur la réalité, de me détacher de mon histoire pour entrer en harmonie avec moi-même et avec les autres ensuite.

Quand je commence à écrire, même lorsque je reprends d’anciens écrits pour les remettre en forme dans l’intention de les partager, je ne sais jamais où je vais… Mes mains perdent le contrôle du clavier au profit de ce qui me traverse à l’instant présent. Je me laisse porter par cette énergie qui me soulève et m’emmène sur des sentiers inconnus et je deviens simple canal de pensées. Dans la vie j’ai tendance à vouloir contrôler beaucoup de choses, dans l’écriture j’en suis incapable. C’est la raison pour laquelle il m’est difficile d’aller au-delà de l’écriture et de publier, car si tout est recevable à l’écrit pour soi, tout n’est pas forcément bien accueilli par le public et encore moins par les proches. Où est la limite entre ce qui doit rester privé et ce qui peut être partagé ?

Les limites dans la publication sont déjà une atteinte à la liberté d’expression pour celui qui écrit et ne s’exprime que de cette façon-là. Lorsqu’on écrit parce qu’on n’arrive pas à parler, si la publication impose ses limites, elle n’a plus aucune raison d’être. Autant rester seul devant sa page blanche, elle au moins ne nous impose rien et accueille tout ce qui vient sans jugement.

Quand la priorité est de s’extérioriser, d’évacuer les émotions négatives, de dé-cristalliser son corps des mémoires encombrantes, la publication n’est pas nécessaire. Mais quand une expérience de vie peut servir à aider les autres à y voir plus clair en eux... la question de la publication revient sur le devant de la scène. Il ne s’agit plus d’écrire pour soi, mais de partager une expérience, le but de l'écriture est différent...

Ou s’arrêtent les limites du partage ? Allons-nous au fond des choses ou pas ? La question ne se pose pas pour moi, aller au fond des choses fait partie de mon chemin de manière naturelle et cela dérange souvent… Si l’on parcourt juste la moitié du chemin, on n’arrive jamais à destination. Si l’on ne prend pas en compte l’itinéraire dans son entièreté, on risque de louper une étape importante et de s’égarer.

Je suis arrêtée sur le bord du chemin et je me pose la question… si je continue, je sais que je braverais les limites car dans le domaine de la connaissance de soi, je n'ai aucune limite. La connaissance de soi étant le fil rouge de ma vie et de mes écrits…. c’est en dépassant les limites des autres que je sais où elles sont …
Alors la question suivante est : suis-je prête à accueillir les conséquences et à payer l’addition du dépassement de limite ?
Après tout le chemin parcouru depuis 3ans, je pense que oui…
Quand on dépasse la peur d’être soi-même, on n’a plus peur de personne.

Aël

 

 

Publié dans Journal 2017

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