Détresse

Publié le par Aël

Détresse

03 décembre 2002

Il y a une dizaine de jours, Léa a tenté de mettre fin à ses jours. J’ai reçu un message vers 8 h 15 un matin alors que je dormais encore, la sonnerie de mon portable m’a réveillée. Sur ce message, Léa me demandait pardon et voulait que je récupère mon chat, car selon elle, il serait plus heureux avec moi. Nous nous étions vues la veille, elle était venue prendre un verre chez moi. Au réveil, je n’avais pas tout compris, je lui ai répondu en lui demandant si elle allait bien... Elle m’a renvoyé un texto me disant qu’effectivement, je n’avais rien compris, car sa vie s’arrêtait à l’instant même et qu’il fallait absolument que je vienne chercher le chat. Je ne voulais pas croire à ce que je lisais, je lui ai dit de descendre immédiatement sinon j’appelais directement le SAMU. Elle m’a répondu que sa belle-sœur arrivait. J’ai regardé par la fenêtre qui donnait sur la rue et l’entrée de l’immeuble, je ne voyais personne. Quelques minutes après, deux voitures de SAMU se sont garées juste en bas devant la porte de l’immeuble. J’ai commencé à paniquer, j’ai essayé de l’appeler sur son portable, je suis tombée sur sa messagerie. J’ai tenté sur son téléphone fixe et là, une voix d’homme m’a répondu :

 

— Allô ?

— C’est Mary...

— Oui, c’est Pierrick... me répondit son compagnon.

— Qu’est-ce qui se passe ? C’est pour Léa le SAMU en bas ?

— Oui elle a avalé des médicaments, il y a une demi-heure.

— Merde ! Pourquoi elle a fait ça ?

— Je ne sais pas... elle ne va pas bien depuis deux mois...

— Deux mois ? dis-je sur un ton interrogateur alors que j’en comptais au moins onze, elle est consciente ? demandai-je.

— Pas trop non.... un peu...

— Bon, je te laisse, on se rappelle ?

— Oui, il faut qu’on parle tous les deux...

— OK à plus tard.

— Salut.

 

Je n’avais aucune idée de ce qu’il avait à me dire, j’étais bien trop en colère après lui pour pouvoir l’écouter. Sous ma fenêtre, j’ai vu Léa partir avec le SAMU, elle semblait inconsciente. Les secours sont partis très vite, avec la sirène, j’en avais froid dans le dos. J’ai fini par m’écrouler en larmes. Deux heures après, j’ai téléphoné aux urgences de l’hôpital pour savoir dans quel service elle avait été emmenée. Ils venaient de la transférer en réanimation.

 

J’ai fait un bond dans le passé et je revoyais Nadège, trois ans auparavant, comme j’en avais parlé à Angéla il y a bien quinze jours. J’étais dans le même désarroi face à cette situation. J’ai appelé le service de réanimation, elle venait d’être intubée, car elle respirait très mal, ils l’avaient donc plongée dans un coma artificiel pour lui éviter la douleur. Les visites étaient bien sûr interdites, je connaissais le refrain. Elle devait voir le psychiatre le lendemain. La personne que j’ai eue au téléphone m’a posé plein de questions, car elle ne savait pas d’où venait Léa, qui avait appelé le SAMU, quels traitements elle prenait, car ils avaient retrouvé un tas de cachets, quel était son médecin traitant, qui vivait avec elle... Autant de questions auxquelles Pierrick aurait dû répondre à ma place s’il avait été près de Léa. Mais sa voiture était toujours en bas de l’immeuble... et il n’avait pas appelé l’hôpital. Je n’arrivais pas à arrêter de pleurer, je sentais Léa dans une profonde solitude.

 

Je devais aller travailler, je me suis calmée sous la douche. J’ai averti mon amie Karine qui devait venir pour le week-end suivant. Léa se faisait d’ailleurs une joie de la retrouver aussi. Que s’est-il passé ?

 

Angéla travaillait avec moi fort heureusement, car je n’arrivais pas à rester présente d’esprit. J’étais avec Léa, je l’encourageais à se battre, je ne pensais qu’à elle. Pendant la pause déjeuner, mon esprit naviguait entre Nadège trois avant et Léa aujourd’hui... Pourquoi tant de souffrance autour de moi me demandai-je sans cesse. Angéla m’a interpellée :

 

— Où es-tu Petite Mary ?... Je te sens partie bien loin...

— Hum... Tu sais hier, quand Léa est venue chez moi, elle a vu ton CD de Johnny "Marie"...

— Et alors ?...

— Elle était étonnée, car je n’écoute jamais Johnny Hallyday, elle voulait savoir si je l’avais acheté... quand je lui ai dit que c’était un cadeau, elle a littéralement changé de tête, elle ne me regardait même plus en face tellement elle était mal à l’aise...

— Elle est jalouse ?

— Je ne sais pas, ça m’a fait bizarre de voir sa déception... je ne comprends pas bien... elle a cru que j’avais rencontré quelqu’un sans doute...

— Tu es libre Mary... elle a refait sa vie... pense à toi un peu... surtout qu’elle s’est sûrement fait un film pour rien...

— Oui sans doute, mais... aujourd’hui, elle est en réanimation... tu comprends ce que je veux dire...

— Non, tu ne vas pas commencer à culpabiliser de vivre Mary !

— Tu sais Angéla, il y a beaucoup de souffrance autour de moi, depuis longtemps je ne côtoie que des gens en souffrance... sans les chercher !

— Ils sont attirés par toi ces gens-là parce que tu es quelqu’un qui sait écouter et c’est très rare...

— Non, ce n’est pas rare, les psy sont là pour ça !

— Oui, mais encore faut-il faire la démarche d’aller voir un psy, la plupart de ces gens-là ne se rendent pas compte qu’ils ont besoin d’un psy...

— Je ne suis pas psy... je suis fatiguée de tout ça...

— Là tu es au travail et tu n’es pas psy, tu es manager ma Petite Mary et les équipiers ont besoin de nous, alors hop ! Au boulot ! me dit-elle avec son enthousiasme habituel.

 

Le lendemain matin, j’ai pris des nouvelles de Léa. Elle venait de se réveiller. On m’a demandé de rappeler le soir. Nadège occupait mon esprit très fortement. Nous ne nous étions pas revues depuis sa tentative de suicide, cela fait déjà plus de trois ans. Elle refusait de me revoir. Je lui ai envoyé un message sans attendre de réponse pour lui dire que je revivais exactement la même chose avec Léa. Elle m’a répondu tout de suite, me disant que Léa allait avoir besoin de moi et qu’il fallait que je sois présente et courageuse auprès d’elle. Elle était désolée d’apprendre cette triste nouvelle. Après un échange de plusieurs messages, elle m’annonça qu’elle serait à Rouen le week-end suivant et qu’elle n’était pas revenue depuis trois ans et demi... Quelle coïncidence... J’ai osé lui dire que je souhaitais la revoir sans vraiment croire qu’elle accepterait de me rencontrer. Elle m’a demandé quels étaient mes horaires de travail et m’a répondu que peut-être, elle passerait au restaurant, mais qu’elle serait accompagnée de son "garde du corps". L’idée de la revoir m’a remonté le moral.

 

Le soir même j’ai essayé d’avoir des nouvelles de Léa. L’infirmière m’a raconté que Léa avait pleuré toute la journée, car elle voulait sortir et recommencer. Le réveil est très difficile. Il était évidemment hors de question de la laisser sortir.

AËL

 

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Evy 06/09/2017 17:04

Bien triste comme je comprend