Journée noire

Publié le par Aël

Journée noire

17 décembre 2002

Drôle de journée hier pour la reprise ! À 6 h 30, mon réveil venait de sonner, mon portable se mit à sonner juste après. Le numéro du restaurant s’affichait, Angéla était d’ouverture, ce ne pouvait être qu’elle à cette heure matinale.

— Allo ?

— Mary ? J’ai un problème avec l’ordinateur, je ne peux pas ouvrir la pointeuse.

— Elle est bloquée, il va falloir appeler la maintenance, je le ferai en arrivant, laisse tomber la pointeuse et occupe-toi de la livraison qui va arriver dans quelques minutes. J’arrive !

— OK à tout de suite !

 

Je me suis préparée très vite et je me suis rendue au restaurant. Quand je suis arrivée devant le restaurant, les cartons étaient étalés partout devant l’entrée, sur la rue piétonne, c’était un bazar sans nom.

 

— Mary ! Regarde cette merde-là partout ! J’en ai marre, le chauffeur me parle mal, il veut tout laisser là et partir pour livrer l’autre restaurant. Je ne retrouve plus rien sur le bon de livraison, je ne peux rien vérifier, ça m’énerve ! me dit Angéla en me voyant.

— Où est le chauffeur ? lui demandai-je.

— Il est en train de ranger ses palettes au camion.

 

Je suis à peine sortie du restaurant qu’il arrivait devant moi :

 

— Qu’est-ce qui se passe ce matin ? demandai-je calmement.

— Il faut que je sois à 8 h à Saint-Etienne, vous aviez une grosse livraison ce matin, 5,8 tonnes ! Je ne peux pas attendre...

— Et alors ? Entre trois et 5,8 tonnes, vous ne faites pas la différence ? Il faut que vous soyez là-bas pour 8 h dans tous les cas ? ! Ils ne vont pas commencer à nous emmerder à la centrale parce que tout le mois de décembre nous allons avoir des grosses livraisons, c’est notre plus gros mois de l’année, ils le savent ! Vous aurez des grosses livraisons toutes les semaines alors il va falloir se calmer tout de suite sinon ça ne va pas le faire ! En plus vous savez très bien qu’Angela débute sur son poste, vous l’avez vu en formation avec moi alors soyez un peu compréhensif et indulgent. Donnez-lui un coup de main si ça ne va pas assez vite au lieu de la mettre dans la merde ! dis-je un peu en colère.

— Je lui ai parlé, elle ne me répond pas... vous n’avez qu’à appeler la centrale quand vous avez des grosses livraisons, ils mettront deux camions au lieu d’un !

— Pour quoi faire ? Ils s’en tapent ! Quand je passe les commandes, le tonnage est indiqué tout de suite sur le bon de commande. Ils le reçoivent en même temps que moi, ils savent qu’en décembre on peut monter à sept tonnes alors c’est bon ! Maintenant, vous allez attendre parce qu’il faut vérifier les cartons.

 

Je connaissais bien le chauffeur, il ne se comportait pas de la même façon avec moi et avec Angéla. Il en profitait, car il savait qu’elle n’oserait pas se plaindre à sa direction, c’est ce qui m’ a mise en colère. Je l’ai aidée pour la vérification de la livraison et je me suis occupée de la pointeuse à remettre en route. Le chauffeur était reparti, mais il nous a rappelées en route pour nous dire qu’il avait oublié une palette dans son camion, la palette des huiles de cuisson. Il a été obligé de revenir en fin de matinée pour nous déposer cette palette !

 

Notre directeur est arrivé vers 10 h comme d’habitude, il décrocha le téléphone qui était en train de sonner et là, j’ai compris qu’il se passait quelque chose d’anormal dans un de nos restaurants quand il a dit qu’il allait envoyer un manager pour les aider. Il consulta le planning de la journée et dit :

 

— Je peux t’envoyer Mary si tu veux, c’est bon pour moi, je n’ai pas d’absent.

 

J’attendais qu’il raccroche puis il se tourna vers moi :

 

— Mary, ils ont besoin de toi à Quevilly, ils se sont fait braquer ce matin, les équipiers sont choqués, l’ouverture du restaurant n’est pas préparée, ils ont besoin de monde pour pouvoir ouvrir.

— Quoi ? Un braquage ?

— Oui... les équipiers qui étaient là ne peuvent plus bosser... La Brink’s passe aujourd’hui aussi chez eux ? me demanda-t-il.

— Oui, comme chez nous... d’ailleurs ils ne sont pas encore passés chez nous ce matin... ce doit être la même équipe...

— Tu y vas et tu me tiens au courant pour savoir si tu reviens ici ou pas...

— OK je t’appellerai.

 

Je suis partie tout de suite en me demandant ce qui pouvait bien m’attendre là-bas. Un camion de police était sur le parking, j’ai ouvert la porte du restaurant et je fus accueillie par la directrice :

 

— Ah Mary ! Viens nous aider, on est dans la merde complète !

 

J’ai déposé mes affaires dans le bureau, j’ai dit bonjour à tout le monde. Notre franchisé était là, les flics, un commissaire, des équipiers venus en renfort d’un autre restaurant s’occupaient de nettoyer les salles. Ceux qui avaient assisté à la scène étaient dans la salle de repos, effondrés en larmes, en état de choc.

 

L’assistante de direction est venue me voir :

 

— Merci d’être venue Mary... tu peux me faire le plein des congelés, on n’a rien préparé en cuisine...

 

Je suis allée chercher le chariot de congelés sauf qu’en regardant la température des congélateurs, j’ai vu qu’ils avaient été débranchés la veille et qu’ils n’étaient pas encore à bonne température. Nous avons donc laissé tomber les congelés pour s’occuper de la table à garniture. La disposition des produits n’était pas la même que chez nous, mais nous avons procédé un peu à l’instinct. Une de mes collègues managers s’est approchée de moi et me dit :

 

— Mais comment tu fais pour t’y retrouver ? Je suis perdue ici moi ! C’est pas comme à la maison ...

 

Je l’ai regardé et nous sommes parties dans un éclat de rire. On aurait dit deux débutantes qui débarquaient pour la première fois dans la cuisine d’un restaurant et qui pataugeaient complètement dans la semoule. L’humour est l’antidote au stress. Lors du braquage il n’y avait pas eu de blessé ni de casse, c’était l’essentiel. Le braqueur était seul, armé et cagoulé. Il a volé les clés du restaurant et peut-être un peu d’argent, mais cela reste à vérifier, car les équipiers choqués, couraient partout et l’ont fait paniquer. Du coup, il s’est enfui.

 

La directrice a ramené les équipiers traumatisés chez eux. Notre franchisé est allé déposer plainte avec la manager qui s’était fait agressée. D’autres managers sont arrivés pour assurer le service du midi. Finalement, il y avait plus de responsables que d’équipiers. Je suis repartie vers 14 h 30 et je suis retournée dans mon restaurant, car ma journée n’était pas finie ! De notre côté ,c’était la panique totale, car nous devions changer tous les prix sur l’ordinateur et cela n’avait pas été fait, notre directeur avait bien du mal à se mettre la page...

 

Après cette journée éprouvante, je suis allée rendre visite à ma grand-mère. Je l’ai trouvée maigrie, les yeux rougis, elle disait qu’elle ne dormait pas, comme d’habitude... Elle n’avait pas le moral.

AËL

 

Commenter cet article