Quand plane l'amour...

Publié le par Aël

Quand plane l'amour...

13 novembre 2002

Chère Angéla,

Quand je suis arrivée au restaurant pour prendre mon service lundi soir, tu n’étais pas encore arrivée contrairement à d’habitude où tu es toujours là avant moi. Quand je suis entrée dans le bureau, j’ai remarqué que ton manteau n’était pas accroché à sa place. Je me suis préparé un café, comme j’avais encore un peu de temps, je suis allée en salle de repos rejoindre Vanessa. Je voyais l’heure tourner sur la pendule en face de moi et toi qui n’arrivais pas.

D’un seul coup, tu es entrée avec une tasse de café à la main et un énorme sourire :

— Bonjour Petite Mary.... comment vas-tu ?
— Bien et toi ?

— Ça va bien ! Ce soir, c’est moi qui te ramène chez toi !
— Tu as pris la voiture de ton mari ?
— Non, j’ai pris MA voiture ! répondis-tu avec joie.
— Comment ça ?
— Quand je suis rentrée chez moi hier, mon mari s’est garé à côté de chez moi et il m’a montré la voiture qu’il avait achetée pour moi.

— Hein ? Il t’a acheté une voiture ?
— Oui Mary !!!

Après cet enthousiasme débordant, nous sommes allées dans le bureau pour prendre connaissance de notre planning de la soirée. Et là, j’ai senti le malaise entre nous dès que nous nous sommes retrouvées seules toutes les deux. Pour la première fois je te voyais rougir en me regardant dans les yeux. J’avais du mal à cacher ma gêne, j’avais l’impression qu’on évitait de se toucher alors que tu es d’un naturel très tactile. Tes gestes étaient contrôlés, les miens encore plus. Nous avons eu beaucoup de monde toute la soirée. Tu es restée au comptoir avec les caissières, je suis allée aider les garçons en cuisine. Nous ne nous sommes pas beaucoup croisées. La soirée a passé très vite. Nous sommes reparties ensemble après le service, tu m’as raccompagnée chez moi, cela nous a permis de discuter un peu en route. Finalement, nous n’avions pas envie de nous quitter, nous avons continué à discuter en bas de chez moi. Tu m’as rassuré en me disant que rien ne changerait entre nous, que tu avais eu des amis gays et que tu ne voyais pas de différence avec toi, ils étaient comme tout le monde, avec les mêmes soucis dans le quotidien. L’atmosphère a fini par se détendre.

Ce matin, nos gestes sont devenus plus naturels pendant le service. La gêne disparaissait, et tu as fait ton ouverture quasiment toute seule, sans me demander quoi que ce soit, et dans les temps pour l’ouverture des portes aux clients. Tu es prête à voler de tes propres ailes ma chère Angéla... J’ai vu ton visage s’illuminer quand je t’ai dit que j’étais très contente de ton travail. Nous sommes rentrées chez nous ensemble et sur le chemin, tu m’as dit que tu aimerais qu’on sorte boire un coup un de ces jours, tu avais envie de danser aussi pour décompresser et oublier tes soucis. Puis tu m’as dit :

— Un jour Mary, je t’inviterai chez moi, mais.... quand mon mari ne sera pas là... me dis-tu en faisant une drôle de grimace.
— Quand tu veux, il n’y a pas de problème, je viendrai avec plaisir !
— Peut-être samedi prochain, il travaille toute la journée et nous serons en repos....
— Ok on verra ça alors...

J’étais à peine rentrée chez moi que le téléphone sonnait de tous les côtés. J’ai passé une bonne partie de ma soirée au téléphone et tu me bombardais de messages. Je t’ai répondu jusqu’à 22 heures, ton mari était parti à l’entrainement de rugby. Je ressens tellement d’amour à travers tes messages... tu me déroutes. Je sais très bien que tu es en demande d’affection, tu as un besoin d’amour énorme et c’est la raison pour laquelle tu en donnes autant aux gens aussi, mais je ne suis pas insensible à tes mots. Tu débordes d’amour aussi bien dans tes paroles que dans tes gestes, tu me déstabilises parfois. Nous avons besoin de nous voir, de nous parler et cela prend des proportions auxquelles je ne m’attendais pas du tout. La formation nous a rapprochées, ce ne peut être qu’un hasard de la vie. Lorsque tu étais encore équipière, je ressentais déjà cette attirance vers toi, j’avais envie de te connaitre, de te parler, je savais au fond de moi qu’on y arriverait, mais je ne voulais pas franchir la barrière "hiérarchique", car je sentais bien que la distance serait difficile à tenir ensuite. Mes supérieurs n’aimaient pas trop le "copinage" avec les équipiers, car ils pensaient qu’on en perdait notre crédibilité. Je ne suis pas tout à fait d’accord avec cette idée, mais bon... j’ai respecté leur opinion sachant que je t’approcherai d’une façon ou d’une autre, car c’était tout simplement une évidence de la vie.

AËL

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