Solidaire des sans papiers

Publié le par Aël

Solidaire des sans papiers

22 janvier 2003 (suite)

Angéla a appelé le restaurant pour prendre rendez-vous avec notre franchisé. Il était prêt à la recevoir tout de suite. Elle m’a déposée en ville, je suis allée à la préfecture pour chercher son dossier. Dans la cour de la préfecture, il y avait justement une manifestation de "sans-papiers". J’ai dû ouvrir mon sac à l’entrée au cas où je transporterais une bombe, c’est sûr, ils en mériteraient bien une mais je suis non violente ! Je me suis renseignée à l’accueil pour trouver le bon bureau, car ce ne sont pas les informations qui noircissent les murs, il n’y a absolument rien d’indiqué, ils font au moins des économies sur les panneaux d’affichage ! À l’accueil on m’a dit qu’il fallait que ce soit le mari d’Angéla qui se déplace lui-même, à partir de 9 h le matin et dans la limite des places disponibles... il faut prendre son ticket ! Je l’ai regardé, désabusée, quelle lourdeur cette administration. J’ai cherché dans le hall, mais il n’y avait vraiment RIEN d’indiqué. Le service des étrangers se trouve à l’étage, paraît-il, mais cela ne servait à rien que je monte m’a-t-on dit, Monsieur doit se présenter lui-même. Je suis repartie en colère, pour un peu j’aurais bien manifesté avec les "sans-papiers".

 

Dans la soirée, je suis retournée au restaurant pour savoir ce qu’il en était du rendez-vous d’Angéla avec notre franchisé. Il lui a assuré qu’il allait faire son possible pour débloquer la situation, car il connaissait la personne responsable du service de la main-d’œuvre étrangère... peut-être qu’il s’agirait de la même personne. Il lui a conseillé d’envoyer ses lettres sans recommandé, car il déteste lui-même recevoir des lettres en recommandé pour une réclamation. Si la méthode douce ne fonctionne pas, il en parlera à son avocat. Il ira jusque dans le bureau de cette dame s’il le faut pour défendre les droits de son mari qu’il ne connaît même pas ! Il était déjà tard quand je suis arrivée au restaurant et Angéla souhaitait que je l’aide pour rédiger ses lettres pour la responsable et le préfet. Elle voulait qu’elles partent dès le lendemain matin. Je me suis installée en salle de repos avec un café et j’ai commencé à écrire.

 

Depuis deux jours, j’ai un mal de tête qui persiste, je suis morte de fatigue, les nuits ne sont pas récupératrices. Angéla terminait son service puis elle est venue rédiger de belles phrases avec moi alors que nous les transformions verbalement pour nous défouler et exprimer réellement le fond de notre pensée. L’humour revenait nous délivrer de nos colères. Ces courriers ont servi de défouloir pendant un bon moment. Du coup, je suis restée jusqu’à la fermeture du restaurant. Le mari d’Angéla doit se présenter à la préfecture dès demain matin 9 h et en même temps, il relèvera le nom de cette dame inscrit sur sa porte de bureau. Il est venu chercher Angéla qui avait enfermé ses clés de voiture dans sa propre voiture ! Ils m’ont déposée chez moi avant d’aller récupérer la voiture d’Angéla. Sur le chemin du retour à la maison régnait un silence assourdissant . Personne n’osait parler, chacun ruminait de son côté. Habituellement son mari descend toujours de voiture pour me dire au revoir, là il s’est juste retourné vers le siège arrière, et il m’a souri :

 

- Merci de m’avoir ramenée... dis-je pour rompre enfin ce silence de mort.

 

Son sourire fut sa seule réponse.

 

- Moi je te remercie de m’avoir aidée pour les courriers Mary... Merci pour tout ! rajouta Angéla.

 

J’ai posé ma main sur l’épaule de son mari qui ne me quittait pas des yeux :

 

- Ne t’inquiète pas... dis-je.

- Je m’inquiète... pas... répondit-il hésitant.

- Je sais que c’est facile à dire, mais je peux t’assurer d’une chose, c’est que vous n’êtes pas seuls, plein de monde ont envie de vous aider au restaurant, on va vous aider et je te promets qu’on ira au bout ! Moi aussi je suis très en colère, tu ne peux pas imaginer à quel point... On est là et on ne vous lâchera pas, OK ?

- D’accord.. Merci Mary dit-il les yeux brillants d’émotions.

 

Je les ai embrassés, je suis descendue de voiture et je les ai regardés partir. Ils ont klaxonné puis ont disparu au coin de la rue. J’avais la rage au ventre. Ils étaient adorables tous les deux, ils ne méritaient vraiment pas cette exclusion gratuite et injuste.

 

Demain je rends visite à ma mère... mon autre combat.

AËL

 

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